Lorsque l'on évoque le réalisateur australien Peter Weir, il y a de
fortes chances que parmi les œuvres qu'il signa durant sa carrière
l'on cite Pique- nique à Hanging Rock, La
dernière vague, Witness, Le cercle des
poètes disparus ou bien The Truman Show que
cet étrange petit téléfilm qu'il réalisa en 1979. Quelques
années avant de partir s'installer aux États-Unis, Peter Weir met
effectivement en scène ce qui demeurera son second et dernier
téléfilm pour la télévision australienne, incarné par de
parfaits inconnus ou presque puisque l'on retrouvera notamment Judy
Morris dans le rôle de Beth Winters en 1984 dans le film d'horreur
Razorback
de Russel Mulcahy et l'acteur Ivar Kants dans celui de Roberto
Bordino dans la sympathique série télévisée pour ados, Hartley,
cœurs à vif entre
1994 et 1997. Comme l'indique le titre, The
Plumber
met en scène un plombier prénommé Max qui un jour déboule sans
prévenir chez Jill et Brian Cowper. Alors que ce dernier est sans
cesse en voyage d'affaires, son épouse se retrouve donc nez à nez
avec cet étrange individu qui affirme avoir été très
officiellement envoyé afin de vérifier l'état des canalisations.
Une intervention somme toute banale mais qui va dégénérer lorsque
Max va se montrer invasif envers Jill qui malgré ses suppliques
auprès de Brian n'obtiendra aucune aide de son époux... Drôle
d'objet téléfilmique effectivement... Si le fond et la forme se
rejoignent dans un grand tout qui inscrit The
Plumber
dans une sorte de comédie horrifique, le scénario de Peter Weir
ainsi que sa mise en scène ou l'interprétation des trois principaux
protagonistes détonnent avec ce qu'avait jusque là l'habitude de
nous proposer l'auteur, en outre, de Les voitures
qui ont mangé Paris
cinq ans auparavant. Et pourtant, sous des atours qui joignent cet
curieuse mésaventure à bon nombre de longs-métrages dans lesquels
à l'époque de jeunes femmes étaient traquées par des individus de
sexe masculin, du genre When a Stranger Calls
que Fred Walton réalisa la même année, The
Plumber a
la particularité de danser sur deux pieds, lésinant du côté de
l'épouvante avec cet inconnu qui s'accroche à l'héroïne,
s'installe chez elle à longueur de journées, s'effaçant juste
avant que le mari ne revienne, pour ressurgir dès le lendemain
matin, se montrant parfois menaçant, agressif.
Mais
aussi de la comédie, avec cet humour à froid, que l'on dirait noir
sous certains aspects, traversant l'écran, peu en raccord avec les
dialogues mais davantage avec cette situation parfaitement ubuesque
que Peter Weir cultive de manière sadique en refusant à Jill d'y
mettre un terme de manière définitive. Car quoi de plus simple que
de prendre le combiné du téléphone, de composer le numéro de la
police afin qu'elle intervienne dans cette inextricable situation?
Cependant, la jeune femme préfère s'en tenir à alerter son mari.
Celui qui par définition est censé la protéger, veiller sur elle
et l'aider en cas de coups durs ou de dangers... Accentuant encore le
côté humoristique du téléfilm, Peter Weir fait de l'époux un
type plutôt à l'ouest, ne s'inquiétant pas de la présence d'un
étranger chez lui. Pas même lorsque la salle de bain où le
bonhomme effectue des travaux devient un véritable champ de ruines.
Côté frissons, même si la peur n'est jamais au rendez-vous, le
cinéaste australien crée parfois un sentiment de malaise qui peut
aller très loin s'agissant de la présence parfois hostile et on ne
peut incommodante de Max, type instable, soliloquant et donc très
inquiétant. The Plumber
fait parfois office d'étude sociologique là où en bonne
anthropologue, Jill accueille (parfois bien malgré elle) ce
''plombier'', chanteur, guitariste, harmoniciste et... prédateur de
classe inférieure revanchard. Étudiant le genre humain, et
notamment tout ce qui semble avoir trait à l'Afrique ou aux
aborigènes d'Australie comme en témoignent les enregistrements
qu'elle diffuse dans l'espoir vain de faire partir son envahisseur,
Jill va peu à peu s'en affranchir pour tenter de se débarrasser de
Max. Sans doute était-il perfectible mais The
Plumber,
auréolé d'une étrangeté qui caractérise à l'époque le cinéma
de son auteur mérite d'être découvert. D'autant plus que ce
téléfilm peu anodin reste très méconnu dans nos contrées... Une
bonne surprise...
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