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jeudi 19 janvier 2023

Tchernobyl, Le Danger Final d'Anthony Page (1991) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986 survint l'une des plus grandes catastrophes qu'ait connue l'humanité. Le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire V.I. Lénine de Tchernobyl située à Prypiat explosa, libérant ainsi de très grandes quantités de matières radioactives qui engendrèrent des conséquences désastreuses sur l'environnement et causa la mort de dizaines de milliers de personnes selon les rapports effectués par diverses agences ou organisations non gouvernementales. Nombre de cinéastes, d'écrivains ou de documentalistes se sont emparés de ce drame et ainsi, petits et grands écrans ont vu éclore un certain nombre de fictions parmi lesquelles la formidable série britannico-américaine en cinq épisodes créée par Craig Mazin, Chernobyl en 2019. Le petit écran a bien avant cela bénéficié également du talent du grand reporter et réalisateur français Thomas Johnson qui fut treize ans auparavant l'auteur de l'extraordinaire documentaire La bataille de Tchernobyl, sûrement la référence ultime lorsque l'on veut découvrir avec force description et images d'archives l'épouvantable épreuve que vécurent des milliers d'hommes contraints de sacrifier leur propre existence afin qu'une catastrophe d'ampleur cataclysmique soit évitée. Entre autres longs-métrages de fiction, le cinéma d'horreur s'est quant à lui bien évidemment emparé du sujet et sorti sur les écrans de cinéma en 2012 Chroniques de Tchernobyl de Bradley Parker. Une œuvre situant son action bien des années après la catastrophe et au cœur de la ville de Prypiat... En 1991 sort un petit téléfilm principalement interprété par l'acteur américain Jon Voight (le papa d'Angélina Jolie, grand acteur notamment connu pour son rôle dans le survival de John Boorman, Délivrance de 1972) et situant son action directement au cœur de l'événement. Après une présentation du personnage qu'interprète la star américaine, Tchernobyl, Le Danger Final plonge ses protagonistes ainsi que les téléspectateurs dans l'enfer de l'incendie sur lequel sont intervenus des pompiers lorsque le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire V.I. Lénine de Tchernobyl a explosé à la suite de tests effectués par certains de ses employés...


Le récit met en scène le docteur Robert Peter Gale, un authentique biologiste né le 11 octobre 1945 qui voua son existence à la recherche sur la leucémie et sur d'autres affections liées à la moelle osseuse. Véritable spécialiste à l'échelle mondiale sur l'étude médicale liée aux accidents nucléaires et radiologiques, il participa donc au sauvetage des victimes de radiations après la catastrophe de Tchernobyl et notamment celle, tristement célèbre, de Fukushima survenue il y aura bientôt douze ans. Tchernobyl, Le Danger Final est une œuvre convaincante bien que ne bénéficiant pas du même traitement financier qu'un long-métrage voué à débuter sa carrière sur grand écran. La reconstitution du test précédent la catastrophe et l'intervention des pompiers sont réduits à leur strict minimum. Outre le Robert Peter Gale, personnage central de l'intrigue, le téléfilm met en scène des collaborateurs d'origine soviétique, si bien que certains dialogues qui plutôt que d'être sous-titrés sont directement traduits par des interprètes soviétiques. Une plongée qui se veut donc plus réaliste, jusque dans la description des terribles brûlures des pompiers causées par la radioactivité, séquences qui n'ont pratiquement rien à envier aux terribles scènes tournées à l'occasion de la mini-série Chernobyl bien des années plus tard. Notons qu'en dehors d'une certaine rigueur apportée au récit, Tchernobyl, Le Danger Final fait le rapport des conséquences de la catastrophe sur les pays plus ou moins limitrophes avec force images d'archives parmi lesquelles l'on redécouvre en outre les célèbres plans filmés en hélicoptère au dessus du gouffre du réacteur numéro quatre par le courageux (inconscient?) ingénieur et photographe moldavo-ukrainien Igor Kostine. L'occasion sera d'ailleurs faite une fois la vision du téléfilm achevée d'aller redécouvrir le génial documentaire de Thomas Johnson cité plus haut. Tchernobyl, Le Danger Final est un bon complément pour toutes celles et ceux qui se passionnent pour le sujet et permet de faire connaissance avec l'un des très importants participants au combat mené contre la catastrophe de Tchernobyl et ses terrifiants effets sur la santé...

 

mercredi 3 août 2016

Le Pic-Vert Russe de Chad Gracia



Artiste-peintre que certains disent fou et que d'autres admirent et considèrent comme un génie, le jeune ukrainien Fedor Alexandrovich est parti d'une hypothèse selon laquelle l'accident survenu à la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl le 26 avril 1986 n'était pas un accident mais consécutif à un ordre donné par le gouvernement afin de camoufler l'échec du système de contrôle mental Duga. Une immense structure de métal construite à seulement quelques kilomètres de la centrale. D'un coût faramineux de vingt-cinq milliards de roubles, l'ineficacité de Duga aurait dû signifier la fin de son créateur, l'apparatchik (cadre supérieur du gouvernement ou du parti communiste soviétique) Vassily Chamchine. Moscou aurait alors envisagé le sacrifice de milliers d'innocents plutôt que celle de ce seul homme, à l'époque Ministre des télécommunications de l'URSS.

Fedor Alexandrovich estime l'histoire de la catastrophe remonter jusqu'en 1964, année où débute l'histoire du mensonge Tchernobyl. L'année durant laquelle le Duga 1 est construit. Le radar trans-horizons qui permettra à Vassily Chamchine de gravir les échelons. Douze ans plus tard en 1976, c'est au tour du Duga 2 d'être mis en service. En 1980, Chamchine obtient le poste de Ministre des télécommunications. En 1984, c'est une nouvelle vague de répression à laquelle l'Ukraine doit faire face. De' plus, Chamchine réalise à quel point son œuvre ne fonctionne pas. Le politique doit alors échafauder un plan afin de passer sous silence ce qui devrait logiquement lui coûter la vie.

C' est en 1986 qu'il élabore ce dernier. Il devient en mars l'un des Membres du comité central du Parti Communiste qui dirige le pays. Mais en septembre, la Commission devait rendre un rapport concernant le radar trans-horizons Duga, et le fait que ce dernier ne fonctionnait pas aurait été irrémédiablement établi. Il fallait donc pour Chamchine empêcher toute intervention sur le site, et c'est ainsi que selon Fedor Alexandrovich, l'accident de Tchernobyl a été volontairement provoqué d'un seul coup de téléphone de Moscou.

Cette hypothèse, c'est celle que développe donc l'artiste-peintre dans cet excellent documentaire d'un peu plus d'une heure et quart. Le Pic-vert Russe étant le nom donné au signal radioélectrique émis par le Duga, et reçu par le monde entier. Un signal émettant un bruit similaire à celui de l'oiseau du même nom. De nombreux témoignages, d'historiens, de physiciens nucléaires, de militaires et de proches de Fedor Alexandrovich mettent en lumière les investigations de ce dernier. A l'aide d'images inédites, Le Pic-vert Russe, malgré les dénégations de certains qui jugent les théories de Fedor Alexandrovich totalement absurdes, éclaire sous un nouveau jour le drame de Tchernobyl. Pourtant, malgré la puissance des mots et l'évocation de certaines images, on ne peut que rester vigilant et conserver la tête froide.

Il ne s'agit que d'une hypothèse, souvent crédible, mais rien ne peut prouver sans le moindre doute que l'accident survenu à la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl a été réellement et volontairement provoqué. Le Pic-vert Russe offre une nouvelle vision du drame et se révèle un excellent complément au formidable documentaire signé Thomas Johnson, La bataille de Tchernobyl. Réalisé par Chad Gracia, Le Pic-vert Russe a fait partie de la sélection officielle du Festival de Sundance l'année dernière...

mercredi 1 juin 2016

La bataille de Tchernobyl de Thomas Johnson (2006)



Une fois n'est pas coutume, ce nouvel article est cette fois-ci non pas consacré à une série ou à un téléfilm mais à un excellent documentaire consacré à la catastrophe qui s'est produite à la centrale de Tchernobyl, près de Pripyat en Ukraine...

Au soir du 25 avril 1986, dans le bloc 4 de la centrale nucléaire Vladimir Illitch Lénine, à trois kilomètres de Pripyat, où travaillent quotidiennement des milliers d'employés, un système d’auto-alimentation du réacteur qui pourrait permettre des économies d'énergie est testé. Le système de sécurité est coupé et l'expérience débute. A une heure vingt-trois, au matin du 26 avril, une série d'explosions a lieu et les mille deux-cent tonnes du couvercle du réacteur ne résistent pas longtemps. C'est la catastrophe. Une nuage étrange s'élève à plus d'un kilomètre au dessus du réacteur éventré. « L'atome échappe a tout contrôle ».

Les quarante mille habitants de Pripyat sont loin de se douter du drame qui est en train de se jouer à quelques kilomètres de là. A cinq heures du matin, l'ancien premier secrétaire Mikhaïl Gorbatchev reçoit un coup de téléphone. Des pompiers sont envoyés sans protection afin d'éteindre le feu, mais sans y parvenir. Deux d'entre eux meurent dans la nuit. Vingt-sept autres durant les mois suivants. Durant les sept mois qui vont suivre, cinq-cent mille hommes vont combattre l'ennemi invisible. Des milliers d'entre eux mourront tandis qu'aujourd'hui encore, d'autre qui ont eu la chance de rester en vie, vivent encore avec les séquelles dues à la radioactivité...

La Bataille de Tchernobyl est un documentaire français signé Thomas Johnson, sans doute, aucun, le meilleur sur le sujet. Il décortique point par point l'événement, des prémices de l'explosion jusqu'à l'implication de centaines de milliers d'hommes sacrifiés pour qu'échappent à une nouvelle explosion, non seulement la centrale nucléaire, la ville de Pripyat, l'Ukraine, mais également l'Europe toute entière.

La Catastrophe de Tchernobyl est aussi demeurée comme un formidable mensonge d'état. Vingt ans après, le cinéaste revient sur le drame à travers toute une série d'images et de témoignages inédits et bouleversant. Et notamment celui du photographe Igor Kostine qui fut le premier à se rendre en hélicoptère au dessus du cratère formé par l'explosion. Sans même se douter de la dangerosité de ses actes, il sera l'un des rares témoins directs à survivre au effets de la radioactivité dont la population de Pripyat, mal informée, sera la première victime. Bien qu'évacuée par cars entiers, la composition du sang de ses habitants s'altère déjà et des cancers sont à prévoir dans les années qui vont venir.

Si la catastrophe de Tchernobyl est déjà en soit un véritable traumatisme, le documentaire l'aborde avec un luxe de détails qui font froid dans le dos, les images sans doute les plus troublantes étant celle nous montrant ces milliers de volontaires qui au cœur de la centrale vont risquer leur vie pour sauver ce qu'il reste à sauver. Des efforts parfois inutiles. Des image dures qui nous montrent les effets de la radioactivité sur le métabolisme. Après une période de latence, les victimes souffrent ensuite de brûlures rongeant la peau jusqu'à l'os qui, comme en témoigne une infirmière ayant soigné certains d'entre elles, demeurent incompatibles avec la vie.

La Bataille de Tchernobyl est extrêmement bien documenté. Un travail remarquable, parfois inconfortable, angoissant même, mais aussi et surtout, il demeure un vibrant hommage à tous ces hommes qui ont payé de leur vie pour que le pire n'arrive jamais. A voir absolument !



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