Mots-clés

mardi 9 juin 2026

C'est qui le chef ? d'Aude Gogny-Goubert (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Actrice, metteuse en scène de pièces de théâtre et réalisatrice, Aude Gogny-Goubert s'est retrouvée l'année dernière derrière la caméra avec la comédie C'est qui le chef ?. Produit par France Télévisions et par 17 Juin Fiction (société de production créée en 1992 par Christian Gerin avant d'être intégrée au groupe TF1 Studios bien des années après), ce téléfilm met en scène le chef cuisinier Étienne Barbier qui après avoir fait scandale en insultant une femme lors d'une émission de télévision s'est retrouvé blacklisté et a dû fermer les portes de son restaurant. Sans logements et sans ressources, il vit désormais chez son demi-frère Nicolas Pruvost et son épouse Nadia avec laquelle il ne s'entend guère. Cherchant à tout prix à retrouver du travail, ce méprisant personnage, imbu de lui-même, arrogant, narcissique et misogyne accepte sous l'impulsion de Nicolas d'aider la jeune influenceuse Lila Debruyne qui vient d'ouvrir son propre restaurant. Les débuts sont difficiles pour la jeune femme ainsi que pour sa mère Valérie (Céline Ronté) et le commis Kevin Garcia (Benjamin Clery). Dépassée par le succès, l'équipe n'arrive absolument pas à tenir le rythme et les critiques de la part des followers de l'influenceuse se font assassines... Si Étienne accepte de venir en aide à Lila, c'est à une seule condition : qu'il dirige les cuisines... Les œuvres traitant des cuisines d'un restaurant étant légion, difficile de se démarquer. Cuisine américaine de Jean-Yves Pitoun en 1998, Comme un chef de Daniel Cohen en 2012, Les saveurs du palais de Christian Vincent la même année ou plus récemment, Délicieux d'Eric Besnard en 2021, La brigade de Louis-Julien Petit en 2022 ou A la belle étoile de Sébastien Tulard l'année suivante... Sans parler des quelques séries télévisées qui tournent majoritairement autour des cuisines des grands restaurants comme Chefs d'Arnaud Malherbe et Marion Festraëts, Bistronomia de Marie-Sophie Chambon ou encore le feuilleton Ici tout commence de Coline Assous, Éric Fuhrer et Othman Mahfoud... Outre le portrait peu avantageux qui est fait du grand chef-cuisinier qu'est Étienne Barbier (lequel est interprété par l'oto-rhino-laryngologiste Michel Cymes dont la carrière médiatique débuta à Télématin sur Antenne 2) C'est qui le chef ? est surtout l'occasion pour Aude Gogny-Goubert de confronter deux générations...


Celle d'une époque révolue ou les mœurs étaient bien différentes et où insulter une femme ne vous condamnait pas systématiquement au ''blacklistage''. L'ère de la télévision, où la grande cuisine semblait être l’apanage exclusif des hommes et où traiter ses employés de manière fort indélicate ne semblait pas poser trop de soucis. Et puis, celle d'aujourd'hui. Où les informations circulent sur les réseaux sociaux plus rapidement qu'un cheval au galop. Où la mode est aux influenceurs et à la Nouvelle Cuisine. Lesquels attirent derrières eux des dizaines, voire des centaines de milliers de followers. Des messies de l'Internet auxquels semble donc appartenir Lila. Dont le soucis principal est pour l'instant de conserver sa ''communauté'' d'internautes au mépris de certaines règles de base que va pourtant tenter de lui inculquer Étienne. Le problème étant que l'un et l'autre veut travailler à sa façon et être le ''chef'' des cuisines... Plutôt frileux à l'idée de voir Michel Cymes incarner l'un des deux principaux rôles alors qu'il me semblait plutôt logique que Bruno Solo, acteur, était naturellement celui qui aurait dû endosser le tablier du Chef de cuisine, les inquiétudes se dispersent rapidement. En effet, en grand restaurateur déchu de son piédestal, misogyne, infecte avec son entourage (de sa fille Zoé qu'il a envoyé vivre en Australie jusqu'à Nicolas qui pourtant l'héberge, le nourrit et lui a trouvé un travail), Michel Cymes est plutôt savoureux à voir dans la peau de ce grand chef-cuisinier imbitable contraint de se confronter à une influenceuse aux méthodes gastronomiques pas toujours conventionnelles. Mais plus qu'une simple comédie, C'est qui le chef ? traite également du rapport au passé douloureux. Le téléfilm est amusant mais aussi parfois touchant. Bref, le genre de programme dont on n'attend pas grand chose mais qui au final se révèle très plaisant à regarder...

 

lundi 18 mai 2026

Un pas de côté d'Anne Giafferi (2025-2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Isabelle Carré et Bernard Campan se sont rencontrés sur le tournage du film Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman en 2001. Amis depuis cette époque là, ils ont ensuite partagé ensemble plusieurs projets cinématographiques. La Dégustation d'Ivan Calbérac en 2022, Et plus si affinités d'Olivier Ducray et Wilfried Méance qui n'est autre que le remake de la comédie espagnole de Cesc Gay Sentimental et ont collaboré plus récemment à deux autres longs-métrages. Les Rêveurs qu'Isabelle Carré a réalisé et écrit elle-même ainsi que Jean Valjean d'Éric Besnard, dernière adaptation sur grand écran des Misérables de Victor Hugo... Cette année les aura également vu monter sur les planches du Théâtre de la Renaissance où, ensemble, ils incarnent deux inconnus qui se rencontrent sur un banc public. Écrit et mis en scène par la réalisatrice et scénariste Anne Giafferi, Un pas de côté suit les aventures de Catherine et Vincent qui au tout début du printemps se retrouvent donc sur le même banc d'un petit parc situé à équidistance des appartements de l'un et de l'autre. Elle est principale clerc de notaire dans une étude, passionnée de littérature et la compagne de Stéphane (Stanislas Stanic), homme dépressif avec lequel elle partage son existence depuis quinze ans. Lui est compositeur de musiques de films, marié à une femme (Hélène Babu) depuis plus de vingt ans, père de deux enfants et maître depuis peu d'un chien ! Le premier contact entre ces deux inconnus se passe mal, mais pourtant, au fil des jours, Catherine et Vincent se retrouvent sur le même banc à l'heure du déjeuner. Se noue entre eux une relation amicale qui peu à peu va dévier vers une passion amoureuse avec laquelle l'un et l'autre tenteront de garder des distances puisqu'ils sont en couple... Cela paraît de plus en plus évident au fil du récit mais Un pas de côté ne pouvait sans doute être écrit et mis en scène qu'avec la sensibilité d'une femme. Car derrière l'approche habituellement théâtrale de ce genre d'exercice confrontant directement les protagonistes au public, la pièce d'Anne Giafferi diffère de ce genre de spectacle auquel l'on est habitués. La grandiloquence laissant place ici à une certaine délicatesse que l'on ne rencontre guère que dans les grandes histoires d'amour entre deux êtres qui tout d'abord se découvrent, s'effleurent puis s'aiment d'un amour sans conditions.


Sauf qu'ici, la passion entre Catherine et Vincent est contrariée par leur vie de couple respective. Les rôles incarnés par Hélène Babu et Stanislas Stanic prenant ainsi une importance considérable allant au delà du simple statut de gadget. Des rôles secondaires auxquels s'ajoutent d'autres personnages, sans doute moins polarisant que le carré d'acteurs principaux mais qui permettent de donner vie à ce lieu de rencontre, constitué d'une poubelle, d'un banc et d'un arrière-plan numérisé qui parfois prend vie... Intense et parfaitement documentée, l'histoire de Catherine et de Vincent, c'est aussi celle de toute personne qui un jour dans sa propre existence à croisé celui ou celle qui allait partager un peu, voire même beaucoup de son quotidien. Ce moment très précis où le cœur n'a jamais battu aussi fort, où l'envie de manger ne s'est jamais montrée aussi pressente que le moment de retrouver son alter ego de cœur. Derrière les rires francs (la scène du jean), Un pas de côté renvoie aux expériences personnelles du public et le choix de la lumineuse Isabelle Carré et du formidable Bernard Campan n'est très certainement pas innocent. Car amis depuis si longtemps, le duo forme un couple attachant, drôle, émouvant et surtout, sincère. La pièce d'Anne Giafferi décrit parfaitement la routine d'une vie de couple et ses contraintes lorsque apparaît l'évidence : Ici, le choix de Catherine et de Vincent ne tient pas seulement d'un besoin de changement mais d'une passion amoureuse, subite mais réfléchie. Comment construire une relation quand des barrières nous imposent de penser aux proches qui nous entourent et auxquels il serait si ingrat de faire du mal ? En conclusion, Anne Giafferi apportera une réponse qui ne satisfera probablement pas tout le monde mais d'ici là, mon dieu, quel bonheur que cette rencontre. Quelle joie que de retrouver une fois encore le duo Isabelle Carré/Bernard Campan. Et quelle attente insupportable à laquelle il va désormais falloir se faire une raison : patienter jusqu'à la prochaine pièce ou long-métrage d'Anne Giafferi... À voir, à déguster sans modération...

 

samedi 25 avril 2026

The Dead Don't Die de Curtis Harrington (1975) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On l'oublie sans doute un peu trop souvent mais les zombies ou les morts-vivants tels qu'ils apparaissent depuis des décennies à l'écran ont des origines qui remontent à très loin dans le temps. Avant de devenir des créatures avides de chair humaines sous l'impulsion de George Romero en 1968 avec le classique The Night of the Living Dead, ils étaient avant tout les victimes de sorciers vaudous appelés Bòkò. Des hommes qui pratiquent la magie noire en plongeant des individus dans une forme de catalepsie à l'aide de poudres ou de breuvages contenant de la tétrodotoxine, une toxine neurotoxique extraite chez certains poissons dont l'un des plus connus reste le Fugu. Une fois la victime déclarée morte, elle est enterrée puis exhumée quelques temps plus tard par le Bòkò qui la manipule en contrôlant son esprit afin de l'asservir. Avec un tel sujet, il était inenvisageable que le septième art n'ait pas l'idée d'employer un jour un tel propos à l'écran. Le premier à s'y intéresser sera le réalisateur, scénariste et producteur américain Victor Halperin qui en 1932 réalisera White Zombie. Quatre ans plus tard, Michael Curtiz signera avec The Walking Dead une œuvre qui déjà s'éloignera du thème des rites vaudous pour se pencher sur une expérience visant à ressusciter un homme qui pour le coup sera réellement décédé. Un changement de point de vue qui n'empêchera cependant pas certains cinéastes de persévérer dans le courant folklorique haïtien puisque le franco-américain Jacques Tourneur réalisera notamment en 1943 le film I Walked with a Zombie dans lequel une jeune femme sera envoûtée avant de devenir une zombie... Si depuis le zombie tel qu'il fut évoqué dans le septième art durant la première moitié du vingtième siècle a bien changé et s'est même depuis transformé en infecté, victime d'un virus particulièrement virulent (un concept que l'on doit une nouvelle fois à George Romero avec The Crazies qu'il réalisa en 1973), certains ont malgré tout perpétré le genre dans sa constitution d'origine à l'image de Wes Craven qui en 1988 et avec The Serpent and the Rainbow (L'Emprise des ténèbres) signait l'une des plus remarquables œuvres du genre.


Beaucoup moins connu demeure cependant le téléfilm de Curtis Harrington The Dead Don't Die, lequel n'entretient aucune relation avec le long-métrage éponyme réalisé en 2019 par Jim Jarmusch. Dans ce téléfilm datant de 1975, un homme est condamné à mort et exécuté à la chaise électrique devant divers témoins dont son propre frère, Don Dreke. Persuadé de son innocence dans le meurtre pour lequel il fut reconnu coupable, ce dernier se lance en quête de vérité mais découvre très bientôt que Ralph est peut-être toujours bien vivant. En effet, alors qu'il dîne au restaurant, il voit à travers l'une des fenêtres de l'établissement celui qu'il croyait mort. Le poursuivant jusque dans une boutique, Don est tout d'abord chassé des lieux par le propriétaire Perdido. S'empoignant l'un et l'autre, Don tue l'homme par accident avant d'être assommé par l'assistante de Perdido, Levenia (Joan Blondell). À son réveil, il constate qu'il est chez Vera Lavalle, une jeune femme qui la veille au soir s'était approchée de lui une première fois afin de l'avertir des dangers qu'il encoure... Si The Dead Don't Die est effectivement peu connu, du moins dans nos contrées, cela provient sans doute davantage du fait qu'il s'agisse d'un téléfilm et non pas d'un long-métrage sorti à l'époque sur grand écran que de la présence au sein du casting d'acteurs demeurant par contre relativement connus. En effet, dans le rôle principal l'on retrouve tout d'abord l'acteur George Hamilton. Interprète de nombreux rôles au cinéma et à la télévision il devra notamment sa célébrité en incarnant le Comte Vladimir Dracula dans Le Vampire de ces dames de Stan Dragoti en 1979 ou de multiples personnages dont Don Diego de la Vega dans la parodie La Grande Zorro de Peter Medak en 1981. A la télévision, on le découvre dans de nombreux téléfilms et séries télévisées, marquant ainsi l'esprit des fans de séries policières et spécifiquement ceux de Columbo en incarnant par deux fois le criminel dans État d'esprit en 1975 et Attention ! Le meurtre peut nuire à votre santé en 1991.


Dans The Dead Don't Die il incarne un héros tout d'abord désabusé qui va tenter de dénouer le nœud d'une affaire très étrange et qui mettra en scène une galerie de personnages hauts en couleur. À commencer par l'immense Ray Milland, dont la carrière débuta dans les année 20 pour s'achever longtemps après dans les années 80. L'homme a tout joué. Du tueur lui aussi dans la série Columbo, côtoyant les plus grands, passant même au rayon horreur à plusieurs reprises et notamment avec le cultissime et nanardesque The Thing with Two Heads de Lee Frost en 1972. Et pour continuer dans la liste des acteurs qui firent leur apparition dans la série Columbo (décidément), notons que l'acteur afro-américain James McEachin qui fut donc visible dans les épisodes Symphonie en noir et Meurtre parfait incarne ici le personnage de Frankie Specht. N'oublions pas l'inquiétant Reggie Nalder, acteur américain d'origine autrichienne dont le visage est demeuré inoubliable. Une physionomie atypique qui lui permit d'intégrer notamment les castings de La marque du diable de Michael Armstrong et Adrian Hoven ou de L'Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento tout deux réalisés en 1970. Du côté des interprètes féminines, Linda Cristal incarne celle qui épaulera Don Drake durant l'aventure. De son véritable nom Marta Victoria Moya Peggo Bourgés, l'actrice d'origine chilienne est surtout connue pour ses rôles dans Les Légions de Cléopâtre de Vittorio Cottafavi et dans Alamo de et avec John Wayne. Pour un téléfilm ayant la vocation d'être vu par un large public, The Dead Don't Die s'avère étonnamment sombre. Presque morbide. Un sujet que l'on doit d'ailleurs à l'écrivain et scénariste américain Robert Bloch dont le plus célèbre fait d'arme reste bien évidemment le roman Psychose adapté sur grand écran en 1960 par le cinéaste britannique Alfred Hitchcock.

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...