Tandis que le réalisateur
et scénariste franco-polonais Roman Polanski s'installait à la fin
des années soixante aux États-Unis pour y tourner notamment le
classique de l'épouvante Rosemary's Baby,
deux ans plus tard, le réalisateur, scénariste et producteur
écossais James MacTaggart signait entre 1970 et 1973 six des
trois-cent vingt-cinq épisodes qui constitueront la série Play
for Today
dont la production débutera dès le tout début de la décennie pour
s'achever quinze ans plus tard, en 1984. Et parmi ces six épisodes,
le rarissime Robin Redbreast
dont
l'objectif était peut-être alors de concurrencer le classique
américain par des méthodes sensiblement différentes. Considérant
que le budget alloué à cet épisode dont le format appartient
habituellement à celui d'un téléfilm ne devait sans doute pas
excéder les quelques dizaines de milliers de livres sterling,
difficile alors de comparer un produit uniquement prévu pour une
projection télévisuelle avec un long-métrage dont les ambitions
furent d'apporter leur comptant de frissons à des spectateurs venus
s'enfermer dans les salles obscures. Partant d'un postulat on ne peut
plus élémentaire, Robin Redbreast
s'inscrit pourtant bien dans une culture du cinéma d'épouvante très
spécifique. Ici l'on parle effectivement de Folk-Horror. Ce
sous-genre du cinéma d'horreur qui détourne en général les
folklores du monde entier, lequel a donné naissance à des œuvres
parfois remarquables parmi lesquelles nous citerons bien évidemment
l'iconique The Wicker Man
de Robin Hardy en 1973 (et non pas son très dispensable remake signé
de Neil LaBute en 2006), The Witch
de Robert Eggers en 2015, Le bon apôtre
de Gareth Evans en 2018, Midsommar
de Ari Aster en 2019 (digne héritier du long-métrage de Robin
Hardy) ou encore Pamyo
du sud-coréen Jang Jae-hyeon en 2024... Remarquable à plus d'un
titre puisqu'il aborde très tôt et avant tout le monde le sujet de
l'indépendance des femmes, ici incarnées à travers le personnage
de Norah (l'actrice Anna Cropper), Robin
Redbreast
longtemps été considéré de perdu. Traitant d'une femme de
trente-cinq ans qui après s'être séparée de son compagnon après
huit années de vie commune part s'installer dans son cottage, loin
des grandes villes et de la civilisation...
Un
coin perdu de la campagne anglaise où, selon des rumeurs proférées
par un certain ''Rob'', la consanguinité ferait des ravages parmi la
population du petit village qui abrite les quelques seconds rôles
qui tour à tour côtoieront notre héroïne... Un jeune homme
incarné par Andy Bradford. Adepte d'arts-martiaux auxquels il
s'adonne dans la nature, vêtu d'un simple caleçon, celui-ci est
également réputé pour ses connaissances en matière de vermine
dont il débarrasse les propriétaires sur demande. Soutenue par une
vieille femme qui l'aide aux tâches ménagères et par un homme
étrange mais cultivé du nom de Fisher (Bernard Hepton) qui
l'abreuve de conseils, Norah semble donc pouvoir compter sur la
bienveillance de ses voisins... Mais comme on s'en doute, rien n'est
jamais vraiment simple avec ce genre de récit. Et surtout s'agissant
de l'adaptation télévisuelle du script conçu par le scénariste et
producteur originaire de l'Inde, John Bowen. Après avoir déployé
le concept d'indépendance chez son héroïne, James MacTaggart
marque une rupture de ton lorsque la très attendue relation intime
entre l'héroïne et Rob vient déclencher tout un réseau de
conséquences qui semblent tous reliés par un seul et même
événement à venir. Plutôt linéaire dans ses premiers
soubresauts, Robin Redbreast
finit par devenir tendu, lorsque l'on constate la fragilité de
Norah, développée à travers la présence du bébé qu'elle attend
désormais à défaut d'avoir pu se protéger lors de sa relation
sexuelle avec Rob. D'autant plus qu'à l'image d'un Mother!
(Darren Aronovsky) signé longtemps après, le téléfilm s'inscrit
non seulement dans le genre Folk-Horror mais également dans celui du
Home Invasion, avec ces voisins qui ne cessent de s'inviter, de
s'incruster pour des raisons hautement fallacieuses chez la citadine.
En résulte un téléfilm qui parfois se révèle réellement
anxiogène malgré son demi-siècle (et un peu plus) d'existence...

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