Isabelle Carré et
Bernard Campan se sont rencontrés sur le tournage du film Se
souvenir des belles choses de Zabou Breitman en 2001. Amis
depuis cette époque là, ils ont ensuite partagé ensemble plusieurs
projets cinématographiques. La Dégustation d'Ivan
Calbérac en 2022, Et plus si affinités d'Olivier
Ducray et Wilfried Méance qui n'est autre que le remake de la
comédie espagnole de Cesc Gay Sentimental
et ont collaboré plus récemment à deux autres longs-métrages. Les
Rêveurs
qu'Isabelle Carré a réalisé et écrit elle-même ainsi que
Jean Valjean
d'Éric Besnard, dernière adaptation sur grand écran des Misérables
de Victor Hugo... Cette année les aura également vu monter sur les
planches du Théâtre
de la Renaissance
où,
ensemble, ils incarnent deux inconnus qui se rencontrent sur un banc
public. Écrit et mis en scène par la réalisatrice et scénariste
Anne Giafferi, Un pas
de côté
suit les aventures de Catherine et Vincent qui au tout début du
printemps se retrouvent donc sur le même banc d'un petit parc situé
à équidistance des appartements de l'un et de l'autre. Elle est
principale clerc de notaire dans une étude, passionnée de
littérature et la compagne de Stéphane (Stanislas Stanic), homme
dépressif avec lequel elle partage son existence depuis quinze ans.
Lui est compositeur de musiques de films, marié à une femme (Hélène
Babu) depuis plus de vingt ans, père de deux enfants et maître
depuis peu d'un chien ! Le premier contact entre ces deux
inconnus se passe mal, mais pourtant, au fil des jours, Catherine et
Vincent se retrouvent sur le même banc à l'heure du déjeuner. Se
noue entre eux une relation amicale qui peu à peu va dévier vers
une passion amoureuse avec laquelle l'un et l'autre tenteront de
garder des distances puisqu'ils sont en couple... Cela paraît de
plus en plus évident au fil du récit mais Un
pas de côté
ne pouvait sans doute être écrit et mis en scène qu'avec la
sensibilité d'une femme. Car derrière l'approche habituellement
théâtrale de ce genre d'exercice confrontant directement les
protagonistes au public, la pièce d'Anne Giafferi diffère de ce
genre de spectacle auquel l'on est habitués. La grandiloquence
laissant place ici à une certaine délicatesse que l'on ne rencontre
guère que dans les grandes histoires d'amour entre deux êtres qui
tout d'abord se découvrent, s'effleurent puis s'aiment d'un amour
sans conditions.
Sauf
qu'ici, la passion entre Catherine et Vincent est contrariée par
leur vie de couple respective. Les rôles incarnés par Hélène
Babu et Stanislas Stanic prenant ainsi une importance considérable
allant au delà du simple statut de gadget. Des rôles secondaires
auxquels s'ajoutent d'autres personnages, sans doute moins polarisant
que le carré d'acteurs principaux mais qui permettent de donner vie
à ce lieu de rencontre, constitué d'une poubelle, d'un banc et d'un
arrière-plan numérisé qui parfois prend vie... Intense et
parfaitement documentée, l'histoire de Catherine et de Vincent,
c'est aussi celle de toute personne qui un jour dans sa propre
existence à croisé celui ou celle qui allait partager un peu, voire
même beaucoup de son quotidien. Ce moment très précis où le cœur
n'a jamais battu aussi fort, où l'envie de manger ne s'est jamais
montrée aussi pressente que le moment de retrouver son alter ego de
cœur. Derrière les rires francs (la scène du jean), Un
pas de côté
renvoie aux expériences personnelles du public et le choix de la
lumineuse Isabelle Carré et du formidable Bernard Campan n'est très
certainement pas innocent. Car amis depuis si longtemps, le duo forme
un couple attachant, drôle, émouvant et surtout, sincère. La pièce
d'Anne Giafferi décrit parfaitement la routine d'une vie de couple
et ses contraintes lorsque apparaît l'évidence : Ici, le choix
de Catherine et de Vincent ne tient pas seulement d'un besoin de
changement mais d'une passion amoureuse, subite mais réfléchie.
Comment construire une relation quand des barrières nous imposent de
penser aux proches qui nous entourent et auxquels il serait si ingrat
de faire du mal ? En conclusion, Anne Giafferi apportera une
réponse qui ne satisfera probablement pas tout le monde mais d'ici
là, mon dieu, quel bonheur que cette rencontre. Quelle joie que de
retrouver une fois encore le duo Isabelle Carré/Bernard Campan. Et
quelle attente insupportable à laquelle il va désormais falloir se
faire une raison : patienter jusqu'à la prochaine pièce ou
long-métrage d'Anne Giafferi... À voir, à déguster sans
modération...



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