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lundi 18 mai 2026

Un pas de côté d'Anne Giafferi (2025-2026) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Isabelle Carré et Bernard Campan se sont rencontrés sur le tournage du film Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman en 2001. Amis depuis cette époque là, ils ont ensuite partagé ensemble plusieurs projets cinématographiques. La Dégustation d'Ivan Calbérac en 2022, Et plus si affinités d'Olivier Ducray et Wilfried Méance qui n'est autre que le remake de la comédie espagnole de Cesc Gay Sentimental et ont collaboré plus récemment à deux autres longs-métrages. Les Rêveurs qu'Isabelle Carré a réalisé et écrit elle-même ainsi que Jean Valjean d'Éric Besnard, dernière adaptation sur grand écran des Misérables de Victor Hugo... Cette année les aura également vu monter sur les planches du Théâtre de la Renaissance où, ensemble, ils incarnent deux inconnus qui se rencontrent sur un banc public. Écrit et mis en scène par la réalisatrice et scénariste Anne Giafferi, Un pas de côté suit les aventures de Catherine et Vincent qui au tout début du printemps se retrouvent donc sur le même banc d'un petit parc situé à équidistance des appartements de l'un et de l'autre. Elle est principale clerc de notaire dans une étude, passionnée de littérature et la compagne de Stéphane (Stanislas Stanic), homme dépressif avec lequel elle partage son existence depuis quinze ans. Lui est compositeur de musiques de films, marié à une femme (Hélène Babu) depuis plus de vingt ans, père de deux enfants et maître depuis peu d'un chien ! Le premier contact entre ces deux inconnus se passe mal, mais pourtant, au fil des jours, Catherine et Vincent se retrouvent sur le même banc à l'heure du déjeuner. Se noue entre eux une relation amicale qui peu à peu va dévier vers une passion amoureuse avec laquelle l'un et l'autre tenteront de garder des distances puisqu'ils sont en couple... Cela paraît de plus en plus évident au fil du récit mais Un pas de côté ne pouvait sans doute être écrit et mis en scène qu'avec la sensibilité d'une femme. Car derrière l'approche habituellement théâtrale de ce genre d'exercice confrontant directement les protagonistes au public, la pièce d'Anne Giafferi diffère de ce genre de spectacle auquel l'on est habitués. La grandiloquence laissant place ici à une certaine délicatesse que l'on ne rencontre guère que dans les grandes histoires d'amour entre deux êtres qui tout d'abord se découvrent, s'effleurent puis s'aiment d'un amour sans conditions.


Sauf qu'ici, la passion entre Catherine et Vincent est contrariée par leur vie de couple respective. Les rôles incarnés par Hélène Babu et Stanislas Stanic prenant ainsi une importance considérable allant au delà du simple statut de gadget. Des rôles secondaires auxquels s'ajoutent d'autres personnages, sans doute moins polarisant que le carré d'acteurs principaux mais qui permettent de donner vie à ce lieu de rencontre, constitué d'une poubelle, d'un banc et d'un arrière-plan numérisé qui parfois prend vie... Intense et parfaitement documentée, l'histoire de Catherine et de Vincent, c'est aussi celle de toute personne qui un jour dans sa propre existence à croisé celui ou celle qui allait partager un peu, voire même beaucoup de son quotidien. Ce moment très précis où le cœur n'a jamais battu aussi fort, où l'envie de manger ne s'est jamais montrée aussi pressente que le moment de retrouver son alter ego de cœur. Derrière les rires francs (la scène du jean), Un pas de côté renvoie aux expériences personnelles du public et le choix de la lumineuse Isabelle Carré et du formidable Bernard Campan n'est très certainement pas innocent. Car amis depuis si longtemps, le duo forme un couple attachant, drôle, émouvant et surtout, sincère. La pièce d'Anne Giafferi décrit parfaitement la routine d'une vie de couple et ses contraintes lorsque apparaît l'évidence : Ici, le choix de Catherine et de Vincent ne tient pas seulement d'un besoin de changement mais d'une passion amoureuse, subite mais réfléchie. Comment construire une relation quand des barrières nous imposent de penser aux proches qui nous entourent et auxquels il serait si ingrat de faire du mal ? En conclusion, Anne Giafferi apportera une réponse qui ne satisfera probablement pas tout le monde mais d'ici là, mon dieu, quel bonheur que cette rencontre. Quelle joie que de retrouver une fois encore le duo Isabelle Carré/Bernard Campan. Et quelle attente insupportable à laquelle il va désormais falloir se faire une raison : patienter jusqu'à la prochaine pièce ou long-métrage d'Anne Giafferi... À voir, à déguster sans modération...

 

mercredi 7 juin 2023

Le kangourou de Patrick Sébastien - Mise en scène d'Olivier Lejeune (2009-2011) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Humoriste, imitateur, chanteur, auteur-compositeur, écrivain, présentateur de télévision, producteur et j'en passe... Patrick Sébastien fait partie du paysage télévisuel depuis près de cinquante ans. Durant sa carrière, il a donc touché à peu près à toutes les formes d'arts qui entourent le petit et le grand écran et même différentes scènes comme les planches du théâtre où il débuta en 2009 avec Le kangourou qu'il écrivit et interpréta, confiant la mise en scène à l'acteur et humoriste Olivier Lejeune que le public appris surtout à connaître lors des diverses diffusion de l'émission La Classe animée par Fabrice sur FR3 entre 1987 et 1994 avant que François ne prenne plus tard le relais. Démarrée en 2009, la dernière du Kangourou eut lieu deux ans plus tard, en 2011, à Carcassonne, où France 2 a posé ses caméras afin de capter la pièce en vue d'une diffusion le 26 août de cette même année. Une dernière apparemment plus décomplexée que les précédentes représentations. Et pourtant, connaissant la personnalité de Patrick Sébastien, on se doute qu'à l'origine, celle-ci devait déjà être bien gratinée en terme de dialogues. Des gros mots à la pelle mais aussi, parfois, de très belles interventions dans un contexte où l'auteur campe un individu pas ou peu recommandable. Le PDG d'une fabrique de poupées croulant sous l'argent Fabien Delorme, un vieux macho, qui cependant apprendra bien vite de la bouche d'un médecin généraliste qui se trouve être également l'un de ses amis (l'acteur belge Antoine Vandenberghe) qu'il est condamné et qu'il ne lui reste plus que six mois à vivre. Le temps, peut-être, pour chercher et trouver le bonheur comme le lui conseil le professionnel de santé. Un concept qui laisse d'abord indifférent le richissime patron mais auquel il va finalement accepté de se laisser tenter. C'est donc parmi le public qu'il va tenter de dénicher celle qui fera son bonheur. Car au sein des spectateurs qui sont venus à cette dernière représentation du Kangourou se sont glissées des interprètes : la blonde Virginie Steevenoot dans le rôle de Carla et la brune Geneviève Gil dans celui d'Hélène. L'une est grande, belle et sexy tandis que l'autre est petite, rabougrie et ingrate! Deux personnalités bien distinctes qui vont participer à un casting qui va partir en vrille comme peut le laisser envisager l'esprit naturellement passionné et démesuré de l'auteur, Patrick Sébastien...


Résultat, Le kangourou est une excellente pièce de théâtre, très drôle et divertissante, sans temps morts, parfois grossière et qui use de certaines méthodes notamment employées dans d'autres circonstances par un certain Laurent Baffie qui en 2001 et avec sa pièce intitulée Sexe, Magouilles et Culture générale faisait lui-même participer le public aux événements. Dans le cas du Kangourou, cela est dans une moindre mesure mais démontre l'envie de l'auteur et de ses interprètes de se lâcher lors de ce qui va apparaître comme la toute dernière représentation. Notons que le casting est complété par deux autres interprètes féminines. Corinne Delpech incarne le double-rôle d'une mère prénommée Simone et de sa fille Sarah fraîchement employée par Fabien Delorme ainsi que Hélène Neveu-Le-Bail qui elle, joue le rôle de Christine, une (fausse) ex-épouse de Patrick Sébastien. D'une durée approximative de cent-vingt minutes, les événements de la pièces sont rompus au bout d'une heure et quart environ lorsque Patrick Sébastien propose à ses partenaires de divertir les spectateurs tandis qu'il ira fumer sa cigarette. Un faux dispositif permettant de mettre en avant ses trois partenaires féminines. Entre faux-semblants et punchlines, les deux heures du kangourou filent à toute allure. Notons qu'à l'issue de la tournée et de sa diffusion sur France 2, un DVD a été mis en vente dès le 1er décembre 2011 dans le commerce. Pour les amateurs de théâtre, d'humour léger et de Patrick Sébastien, Le kangourou est un indispensable...

 

dimanche 29 mars 2020

Le Placard de Francis Veber (2014) - ★★★★★★☆☆☆



Le 17 janvier 2001 sortait sur les écrans français Le Placard, neuvième long-métrage du scénariste, dialoguiste, dramaturge et réalisateur Francis Veber et cinquième incarnation au cinéma du personnage de François Pignon auparavant incarné par Jacques Brel (L'Emmerdeur en 1973), Pierre Richard (Les Compères en 1983, Les Fugitifs en 1986) et Jacques Villeret (Le Diner de Cons en 1998) et plus tard par Gad Elmaleh (La Doublure en 2005) et Patrick Timsit (le remake de L'Emmerdeur en 2008). Au théâtre, François Pignon apparaîtra à deux reprises. Tout d'abord en 2012 avec Cher Trésor où il est incarné par Gérard Jugnot et puis, bien entendu, dans l'adaptation théâtrale du Placard, deux ans plus tard du 24 au 29 janvier 2014, où l'acteur humoriste Élie Sémoun prend la relève de ses prédécesseurs. Si dans la version cinématographique Daniel Auteuil remporta le prix du meilleur acteur au Festival International du Film de Shangaï, Le Placard demeure l’œuvre la plus faible de Francis Veber scénariste et réalisateur.

Il n'est pas rare que certaines pièces de théâtre surpassent leurs adaptations cinématographiques tout aussi exceptionnelles soient-elles. Le Père Noël est une Ordure de la troupe du Splendid en 1979, Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière en 2010, et de manière plus flagrante encore, Nuit d'ivresse de Josiane Balasko en 1985 (son adaptation sur grand écran par le réalisateur Bernard Nauer demeure d'une sinistre vulgarité !). Contrairement à ces quelques exemples, Le Placard a tout d'abord été un film avant de devenir une pièce de théâtre. Ce qui n'empêche pas cette dernière de lui être supérieure en terme de qualité. Si Daniel Auteuil et Gérard Depardieu formaient un tandem détonnant au cinéma, Élie Sémoun et Laurent Gamelon n'en sont pas moins remarquables. Surtout ce dernier, véritable vedette de la pièce alors qu’Élie Sémoun tient le rôle principal. La pièce reprend un certain nombre de situations du long-métrage en situant l'action chez François Pignon, dans son bureau à l'usine et dans la salle de repos.

Peu surchargés, les décors ne sont constitués que deux pièces amovibles dont l'une sert à plusieurs occasions, quelques éléments du mobilier se déplaçant au sol afin de donner l'illusion que l'on passe d'un décor à l'autre. L'essentiel de la pièce reposant presque exclusivement sur l'interprétation des comédiens et comédiennes (parmi lesquelles on retrouve notamment la charmante Zoé Félix qui prend la place de Michèle Laroque dans le rôle de la chef-comptable, Mademoiselle Bertrand). On l'aura compris, Élie Sémoun prend la place de Daniel Auteuil tandis que Laurent Gamelon occupe celle de Gérard Depardieu dans le rôle de Félix Santini, le chef du personnel bourrin, amateur de rugby. Laurent Paolini remplace Thierry Lhermitte dans le rôle du directeur de la communication, François Levantal se substitue à Jean Rochefort dans celui du Directeur de l'usine, Marie Facundo interprète l'assistante-comptable Ariane en lieu et place d'Armelle Deutsch, et surtout, Philippe Magnon excelle dans son interprétation du voisin homosexuel précédemment interprété par l'excellent Michel Aumont. Si d'une manière générale, la plupart des interprètes sont moins ''célèbres'' que leur équivalent sur grand écran, ils parviennent à faire oublier leur homologue respectif et offrent un spectacle fort réjouissant et réellement drôle. Laurent Gamelon est exceptionnel, Elie Sémoun est crédible et parfois proche des personnages qu'il interprète sur scène, Philippe Magnon est savoureux, Zoé Félix est charmante, Marie Facundo est ''fraîche'' et Laurent Paolini parfois remarquablement expressif. Le Placard, c'est un condensé de plaisir en un peu moins de quatre-vingt dix minutes qui surpasse souvent l’œuvre originale. Francis Veber crée une réelle harmonie entre les acteurs et les décors. Une très bonne surprise...

samedi 28 mars 2020

Jo de Benjamin Guillard (2019) - ★★★★★★☆☆☆



Jo n'est peut-être pas la comédie avec Louis de Funès que l'on cite en premier lorsque l'on évoque sa filmographie et pourtant, ce film signé de Jean Girault sorti sur les écrans français le 1er septembre 1971 fait partie de ses meilleures interprétations. Tout Louis de Funès y est : du caractère mielleux, hypocrite et poltron de ses personnages jusqu'aux quiproquos de certaines séquences survoltées, en passant par de savoureux duos, Louis de Funès évoluant ici en compagnie des immenses et drôlatiques Bernard Blier et Michel Galabru. Voir ce que l'on peut considérer comme l'un des meilleurs films de son auteur être adapté en pièce de théâtre n'est pas vraiment étonnant puisque le format du long-métrage se prête à merveille à cet exercice de style toutefois périlleux. D'abord parce que les comédiens n'y ont pas droit à l'erreur. Ensuite, parce qu'offrir le rôle de l'auteur Antoine Briscard tenu au cinéma par Louis de Funès à un autre interprète risque de provoquer l'inévitable comparaison entre les deux hommes. C'est donc à l'acteur, réalisateur, scénariste, humoriste et comédien Didier Bourdon qu'incombe la responsabilité de redonner vie au personnage principal de cette comédie à partir du 20 septembre 2019 sur les planche du Théâtre du Gymnase à Paris. Une lourde responsabilité, d'autant plus qu'en lieu et place de Bernard Blier, Claude Gensac, Michel Galabru ou Guy Tréjean, Didier Bourdon y donne la réplique à Audrey Fleurot, Jérôme Anger et surtout Dominique Pinon qui a la tâche de reprendre le rôle de l'inspecteur Ducros.

Un sujet proche de ce que vécu Louis de Funès en août 1968 lorsqu'il fut lui-même victime d'un maître-chanteur, ici, réadapté pour les besoins de la pièce. Et pourtant, le film fut lui-même l'adaptation d'une pièce de théâtre écrite par le dramaturge et scénariste australien Alex Coppel qui vient s'installer en Grande Bretagne en 1927. Durant la seconde guerre mondiale, il retourne dans son pays d'origine avant de repartir une nouvelle fois pour l'Angleterre à la fin du conflit. En 1958, il écrit la pièce The Gazebo qui rencontre à Broadway un immense succès. Pièce qui sera adaptée à deux reprises sur grand écran. Tout d'abord en 1959 avec le film de George Marshall Un Mort Récalcitrant, puis bien évidemment treize ans plus tard par le scénariste Claude Magnier et le réalisateur Jean Girault pour la version que les français connaissent bien, Jo. Pour les besoins de l'adaptation théâtrale française, le metteur en scène Benjamin Guillard change divers éléments de la pièce originale et de son adaptation par Jean Girault et Claude Magnier. Le personnage de la bonne incarné dans le film par l'actrice Christiane Muller disparaît au profit d'une belle-mère plutôt collante et la gloriette laisse la place à une immense et affreuse statue représentant une grenouille. Le metteur en scène ''modernise'' quelque peu le propos à travers quelques gadgets, tels les téléphones portables. Pour le reste, la pièce demeure relativement fidèle même si Louis de Funès apporta beaucoup de matière comique au film Jo qui disparaît sur les planche du Théâtre du Gymnase.

Si dans la pièce de Benjamin Guillard, les personnages secondaires de Madame Cramusel (excellente Florence Biot dans le film de Jean Girault) et du couple de britanniques Monsieur et Madame Grunder (Ferdy Mayne et Yvonne Clech) s'avèrent anecdotiques, on ne peut pas en dire autant du quatuor de têtes interprété par Didier Bourdon, Audrey Fleurot, Jérôme Anger et Dominique Pinon. Si les premiers pas dans l'univers d'Alex Coppel semblent pour eux compliqués (surtout si l'on a en tête l’œuvre de Jean Girault et l'incarnation de Louis de Funès et Bernard Blier), on oublie finalement assez rapidement le long-métrage et il n'est pas rare que l'on s'amuse des facéties de nos comédiens qui offrent une interprétation généreuse de leur personnage respectif. Cependant, quelques séquences s'avèrent bien moins drôles que dans Jo. On attendait notamment avec impatience la séquence de la sculpture. Mais réécrite et adaptée par Benjamin Guillard, elle oblige la talentueuse Audrey Fleurot à en faire des caisses. Ce qui n'empêche pas la comédienne de briller dans le rôle de l'épouse de l'auteur de pièces de théâtre et parvient à faire oublier l'interprétation de Claude Gensac. Didier Bourdon étant dans son élément, on ne peut lui reprocher une incarnation parfois outrée typique des représentations théâtrales. Dominique Pinon, qui ne connaissait ni le film, ni la pièce de théâtre originale navigue dans l'inconnu. Ce qui ne l'empêche pas d'interpréter un inspecteur Ducros savoureux. Pourtant, là encore, beaucoup de dialogues disparaissent, d'autres changent, sans doute pour le metteur en scène, une manière d'évacuer tout ce qui renvoie à une certaine époque, mais que le spectateur regrettera sans doute de ne pas retrouver dans la pièce. Toujours est-il que Jo, sur scène, est une excellente surprise. Divertissante, drôle et généreuse... de quoi passer une heure et trente minutes de bonheur en compagnie d'excellents comédiens...
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