Sujet fort passionnant au
demeurant, les sectes sous toutes leurs formes ont inspiré nombre
d'auteurs au cinéma et à la télévision. S'inspirant parfois de
faits authentiques ou n'étant que le fruit de l'imagination
effervescente de scénaristes particulièrement inspirés. Nous
allons très vite écarter les documentaires même si certains
s'avèrent intéressants pour évoquer l'un des grand classiques de
la Folk-Horror britannique The Wicker
Man
de Robin Hardy. Œuvre de fiction relativement dérangeante qui ne
l'empêche cependant pas d'être considérée comme un film culte par
les fins connaisseurs. Notons également les beaucoup plus récents
et non moins fascinants Midsommar
de Ari Aster et Apostle
de Gareth Evans qui rejoignent eux aussi la grande tradition de la
folk Horror et donc d'une certaine manière, ce mélange entre
épouvante et communautés sectaires... Du côté des faits-divers,
l'histoire de l'un des plus grands suicides collectifs liés à une
secte inspira plusieurs longs-métrages. Côté cinéma, celui qui se
faisait appeler ''Father
Jim''
par ses adeptes, le révérend Jim Jones, la presse le surnommant
même parfois le ''Gourou
de Jonestown''
ou ''Le
prédicateur de Jonestown'',
fut au centre de plusieurs récits. Côté cinéma, les spectateurs
eurent droit en 1979 à Guyana, la secte de
l'enfer
de René Cardona Jr. et beaucoup plus tard à The
Sacrament de
Ti West en 2013 tandis que les téléspectateurs effarés
découvrirent en 1980 sur leur petit poste de télévision le
téléfilm Guyana Tragedy : The Story of Jim
Jones
de William A. Graham... S'agissant plus largement du thème des
sectes, l'on pourrait citer des dizaines d'autres exemples mais
tenons-nous-en à cet objet plutôt obscure du moins de part chez
nous intitulé Can Ellen Be Saved ?
et simplifié dans nos contrées sous le titre Hélène.
Hélène, oui, une fille comme les autres et qui pourtant n'a rien à
voir avec celle qui fut l'une des grandes stars de TF1 dans les
années quatre-vingt dix avec la série Hélène
et les garçons,
Hélène Rollès. Non ! Celle dont il s'agit ici est tout droit
sortie de l'imagination du scénariste américain Emmett Roberts. Une
jeune adolescente, avec ses doutes et ses craintes. Qui refuse de
terminer son année d'études et qui plutôt que de se diriger vers
cette université où elle ne se sent pas bien et semble être assez
peu appréciée de ses camarades préfère suivre les membres d'une
communauté de fervents chrétiens dirigée par le charismatique
Joseph (Michael Parks)...
Difficile
ici d'évaluer le niveau de dangerosité du ''gourou'', de ses
adeptes et des préceptes de ce que d'aucun dans le coin considère
de secte. L'une des très grandes faiblesses de ce téléfilm signé
de Harvey Hart dont la carrière vogua de 1945 à 1989 entre grand et
petit écran et sa trop courte durée. Comment aménager l'emprise
mentale d'un gourou face à une adolescente se cherchant et dont les
parents restent presque indifférents face à ses inquiétudes ?
Comment développer la psychologie des différents personnages, le
combat d'un père et d'une mère et le traitement radical administré
par un homme qui n'en est pas à son premier coup d'essai lorsqu'il
s'agit de sortir une jeune fille de l'influence dont elle fait
l'objet auprès d'un homme qui compte dans sa communauté des
dizaines d'adeptes ? Une heure et treize minutes. Voilà la
durée de Can Ellen Be Saved? Insuffisante
et contraignant son auteur à appliquer des coupes que l'on devine
drastiques, il devient difficile de se faire une idée précise des
méthodes employées par Joseph afin d'atteindre très spécifiquement
ses objectifs. Bourré d'ellipses, le téléfilm s'en trouve
malheureusement décrédibilisé. Ne signifiant jamais vraiment le
temps qui passe, on ne sait plus si un jour, une semaine, un mois ou
une année passe et la concentration du récit en à peine plus de
soixante-dix minutes ruine les efforts pourtant louables du cinéaste
et de son scénariste. Car avant que tout ne se précipite en à
peine quelques séquences passant d'une adolescente d'abord
réfractaire en une disciple ayant éludé la question du père et de
la mère pour ensuite décrire l'enlèvement d'Ellen par ses parents
précédant le traitement infligé par un certain James Hallbeck
chargé de la faire revenir à la réalité, Can
Ellen Be Saved?
fait figure de très bonne description s'agissant de l'enrôlement de
personnes faibles, perdues, à la recherche d'elles-mêmes ou naïves
sous le prisme de la religion. Notons que la jeune femme est incarnée
par l'actrice Katherine Cannon, que Joseph est interprété par
Michael Parks et que les deux acteurs sont entourés d'une belle
brochette de comédiens puisque dans le rôles des parents de
l'adolescente l'on retrouve Leslie Nielsen (Y
a-t-il un pilote dans l'avion ? de
Jim Abrahams et David et Jerry Zucker, Dracula,
mort et heureux
de l'être de
Mel Brooks et interprète de tout un tas d'autres comédies
parodiques) ainsi que Louise Fletcher, laquelle est devenue
mondialement célèbre grâce au rôle de l'infirmière Ratched dans
le chef-d’œuvre de Miloš Forman, Vol
au-dessus d'un nid de coucou.
Quand à John Saxon qui incarne ici le rôle de James Hallbeck,
durant sa longue carrière télévisuelle et cinématographique, il
aura participé à bon nombre de films d'horreur parmi lesquels
Ténèbres
de Dario Argento, Les Griffes de la nuit
de Wes Craven ainsi qu'Une nuit en enfer de
Robert Rodriguez. Au final, Can Ellen Be Saved?
n'est
pas un mauvais téléfilm. Il manque simplement à son auteur une
bonne heure pour pouvoir développer avec aisance son sujet...


