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mercredi 3 juillet 2024

Diabolique de Gabriel Aghion (2016) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

À l'origine de Diabolique il y eut l'Affaire des reclus de Monflanquin. Un fait-divers qui défraya la chronique française entre 2000 et 20009 lorsqu'un escroc du nom de Thierry Tilly s’immisça dans l'existence d'une riche famille de nobles du nom de Védrines. Convaincus par cet homme charismatique et manipulateur qu'ils étaient victimes d'un complot, onze membres de la famille s'enfermèrent pour une partie d'entre eux dans le château familial de Montflanquin tandis que d'autres se réfugièrent à Oxford, en Grande Bretagne. Le téléfilm est réalisé en 2016 par Gabriel Aghion auquel on doit notamment Pédale douce en 1996, Belle maman en 1999, Absolument fabuleux en 2001 ou encore Pédale dure en 2004, Bref, pas de quoi se réjouir d'avoir une filmographie exemplaire. Diabolique est un téléfilm qui fut tout d'abord diffusé en Belgique avant d'apparaître pour la première fois sur nos petits écrans le 5 avril 2016 sur France 3. Le réalisateur s'inspire en outre de l'ouvrage écrit par Ghislaine de Védrines, celle-là même qui parmi les membres de la famille fit justement entrer le loup dans la bergerie. Incarnée à l'écran par Michèle Laroque, cette dernière est donc confrontée à Laurent Stocker qui de son côté interprète Thomas Texier, l'alter ego fictionnel de Thierry Tilly. Avec plus ou moins de conviction, Gabriel Aghion tente de montrer la machine infernale mise en place par cet individu hautement qualifié dans les domaines de la manipulation et du mensonge. Pourtant, et c'est sans doute ce qui empêche le téléfilm d'être aussi puissant dans sa révélation finale qu'avait pu l'être celle de l'éponyme Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot en son temps, le fait d'avoir à juste titre entendu parler à l'époque de l'authentique fait-divers écarte tout suspens quant à la conclusion du récit. En outre, l'affaire aurait sans doute mérité un déploiement beaucoup plus conséquent en terme d'écriture car si l'apparent renoncement financier de l'antagoniste du récit explique l'emprise et la confiance qu'il génère auprès des principaux intéressés, la rapidité avec laquelle l'homme parvient à faire le vide autour des membres de la famille peut paraître un tant soit peu complaisante.


Dans les rôles de Gérard Anger et Isabelle de Lassay, Philippe Résimont et Anne Consigny apparaissent donc comme les interprètes les plus convaincants. Ceux qui en incarnant le doute permettent de contrebalancer cette ''folie'' qui paraît s'être emparée des autres membres de la famille vivant désormais reclus dans leur luxueuse propriété et sous le joug d'un Thomas Texier devenu essentiel au maintien et à la cohésion de la famille et de sa richesse en terme de patrimoine. Les moyens mis en place afin de démontrer dans quelles proportions l'individu est parvenu à instaurer un climat de paranoïa poussant la famille Védrines à s'isoler du reste du monde jusqu'à éviter tout contact avec la moindre de leur relation et chasser tous ceux qui ne partagent pas leur opinion sur la situation manque parfois de cohérence. Cette vitesse avec laquelle Hélène de Lassay Anger, qui n'est autre que le nom donné ici à Ghislaine de Védrines, boit littéralement les paroles de son nouveau mentor. Quitte à humilier, voire chasser ceux qui nient l'authenticité du personnage. En la matière, Laurent Stocker incarne parfaitement cet être affable, apparemment désintéressé et capable de résoudre à lui seul tous les maux qui touchent cette famille désormais en plein désarroi. Il n'en demeure pas moins qu'une certaine tension naît au sein du récit, devant ce déploiement ininterrompu de prétextes visant à éloigner la famille de tout contact extérieur comme l'entreprendrait n'importe quel gourou. Gabriel Aghion crée un certain malaise. Surtout si l'on prend en compte le fait que les événements sont ici inspirés d'un fait-divers réel. L'on prend alors la mesure du drame et de ses conséquences sur la stabilité d'une famille capable d'exploser face à la démoniaque entreprise d'un parfait inconnu...


 

vendredi 8 juin 2018

La Poupée Sanglante de (1976) - ★★★★★★★★★☆



Ceux qui découvrirent La Poupée Sanglante, adaptation télévisée de l'un des derniers romans de l'écrivain français Gaston Leroux, lors de sa première diffusion sur Antenne 2 en 1976 ne peuvent avoir oublié ce remarquable feuilleton qu'il est désormais de bon ton d'appeler mini-série. Une œuvre incroyablement riche, dense, admirablement écrite, s'inspirant de bon nombre de mythes du fantastique. En effet, les œuvres parmi les plus célèbres de Mary Shelley, de Bram Stocker, de Victor Hugo semblent avoir inspiré ce récit. Tout comme Barbe Bleue, le conte populaire dont la version la plus connue demeure celle écrite par Charles Perrault à la fin du dix-septième siècle. Est également évoqué, l'un de nos plus célèbres tueurs en série, un certain Henri Désiré Landru qui durant la première moitié du vingtième siècle se rendit coupable (ou du moins fut accusé) de onze meurtres. Mais l'ouvrage dont semble tout d'abord s'inspirer le roman original est L'Homme au Sable de l'écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, une nouvelle parue pour la première fois en 1817 dans le recueil des Contes nocturnes (Nachtstücke).
L'adaptation télévisée créée par le journaliste et verbicruciste Robert Scipion est mise en scène par le réalisateur et scénariste français Marcel Cravenne, auteur entre autres de Danse de Mort au cinéma, et de la toute aussi excellente mini-série L'Île aux Trente Cercueils diffusée sur le même réseau télévisé trois ans plus tard.

Au générique, nous retrouvons l'actrice Yolande Folliot, qui dans le rôle de Christine Norbert est la fille d'un horloger de génie qui aux côtés de son neveu (et futur époux de la jeune femme) a créé un automate à l'apparence parfaitement humaine auquel, malheureusement, il manque un soupçon d'âme. C'est du moins ce que semble penser Christine, laquelle se rapproche quelque peu du relieur qui travaille dans la boutique faisant face à la demeure des Norbert. Bénédict Masson, c'est son nom. Incarné à l'écran par l'acteur Jean-Paul Zehnacker (que l'on retrouvera dans l'autre grand succès télévisé de Marcel Cravenne ainsi qu'au cinéma dans Je Vais Craquer de François Leterrier en 1980 ou plus récemment dans MR 73 d'Olivier Marchal en 2008). Malheureusement pour lui, Bénédict à la malchance d'être laid. Bossu, le visage effrayant (joli travail de maquillage pour un résultat plutôt convainquant), il est cependant l'auteur de recueils de poèmes qui ne laissent pas Christine indifférente. Alors que plusieurs apprenties (que des femmes) ont disparues depuis qu'il les a engagées, certains habitants de la régions soupçonnent qu'il pourrait en être responsable. Un jour, Christine demande à Bénédict de lui rendre service en acceptant de l'accompagner jusqu'au château du marquis de Coulteray dont la femme semble être très malade. Gardant secret l'amour qu'il éprouve pour la belle Christine, Bénédict accepte de l'y suivre. Là-bas, d'étranges choses s'y déroulent...

« Ce qui est étrange... ce qui est unique, dans l'histoire de Bénédict Masson,c'est qu'en réalité, elle ne fait que commencer... »

Alors que tout joue en sa défaveur en raison de son physique ingrat, le personnage incarné est tour à tour effrayant, attachant, puis inquiétant, avant de devenir bouleversant. Victime de son apparence, il est au centre d'une intrigue mêlant policier, romance, et fantastique. Une aventure extraordinaire pour un homme, il faut le reconnaître, peu ordinaire, qui dans son malheur va renaître de ses cendres sous cette apparence à laquelle il n'espérait plus jamais pouvoir accéder.
Si La Poupée Sanglante est décomposée en six épisodes, deux actes se distinguent en réalité l'un de l'autre, d'une durée égale puisque se partageant chacun trois épisodes. La première partie se clôt par une véritable tragédie. La mort de Bénédict, cet être bienveillant, mais impulsif, accusé à tort d'être l'auteur d'une série de crimes dont il s'affirme être innocent. C'est ainsi, après la guillotine, que l'aspect fantastique de l'intrigue se renforce davantage et que l'on en apprend un peu plus sur les tenants et aboutissants de ce qui se trame derrière les murs de la demeure des Norbert.
Formidablement interprété, La Poupée Sanglante est fidèle au roman, et typique d'une époque malheureusement révolue. Dégageant un atmosphère très particulière que l'on ne retrouve plus de nos jours, la musique de la compositrice et illustratrice sonore française Betty Willemetz participe à l’envoûtement généré par ce récit touffu et pourtant très clair à suivre. Œuvre d'un réalisateur prenant autant soin de ses interprètes qu'en matière de mise en scène, les dialogues eux-mêmes participent de cette impression réelle et concrète de vivre une aventure située au début du siècle dernier.. Yolande Folliot est belle, séduisante, et désirable. Jean-Paul Zehnacker est inquiétant, tragique, et parfois très touchant... lorsqu'il n'est simplement pas effrayant lors de ses crises, fort impressionnantes. Le duo que campent les deux interprète ne doit pas nous faire oublier le reste du casting parmi lequel on reconnaîtra une certaine... Marthe Villalonga. Revoir aujourd'hui La Poupée Sanglante, c'est se replonger dans le passé, à l'époque où tout restait à inventer, où l'imaginaire faisait le reste. Un chef-d’œuvre de la petite lucarne (qui depuis a bien grandit) à redécouvrir d'urgence...




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