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mardi 1 décembre 2020

Deux Gouttes d'Eau de Nicolas Cuche (2018) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 


Adapté de son propre roman éponyme sorti en 2015 par Jacques expert et réalisé pour la télévision par Nicolas Cuche, Deux Gouttes d'Eau est un thriller policier se déroulant sur une échelle du temps plutôt ramassée puisque son intrigue démarre au petit matin d'une journée classique pour un commissariat pour se terminer très tard le soir. S'il convoque une thématique qui n'est certes pas inédite mais qui n'encombre cependant pas non plus le genre policier, Deux Gouttes d'Eau parvient dans une certaine mesure à entretenir le suspens ''presque'' jusqu'à son terme. Les néophytes n'y verront peut-être que du feu mais l'habitué des affaires criminelles fictives sevré aux polars, aux thrillers et autres films policiers arrivera relativement rapidement à la même conclusion que l'un des deux flics qui mènent l'enquête. Un commandant et un lieutenant dont les méthodes divergent mais qui, en même temps se complètent et s'avèrent donc indispensables l'un pour l'autre. Il y a un piège à vouloir confronter deux flics à une affaire dont les suspects se comptent au nombre de deux, surtout lorsque comme dans le cas présent, ceux-ci sont jumeaux. D'une certaine manière, l'évocation de ces derniers suppose un collège de pistes dont toutes doivent être scrupuleusement décortiquées pour réussir à résoudre l'affaire...


Deux écoles s'opposent dans ce binôme de policiers et expliquent sans doute la remarque d'une jeune recrue qui demande au lieutenant Sam Barbieri pourquoi il n'a pas le même grade que sa supérieure, la commandante Valérie Laforge. Celui-ci répond à la jeune femme que sa supérieure est meilleure que lui. Ce que l'on est tenté de confirmer puisque Sylvie Testud interprète une commandante qui ne compte pas ses heures quitte à sacrifier son peu de vie privée tandis que pour le Lieutenant Barbieri, l'important est de boucler l'affaire au plus vite et de rentrer chez lui. Moins de rigueur pour l'un que pour l'autre et une multiplication des pistes qui font de Deux Gouttes d'Eau un téléfilm retord dont on ne soupçonnera cependant pas l'une des tournures qui mettront un terme à l'enquête ainsi qu'au récit. Aux côtés de l'excellente actrice française, l'humoriste et acteur Michael Youn qui dans la peau du lieutenant Sam Barbieri s'avère convainquant. Sans en faire des tonnes tout en imprimant à son personnage un caractère bien trempé, il parvient à rendre crédible son incarnation. Face aux deux vedettes, l'acteur Hugo Becker qui dans le double rôle d'Antoine et de Tom Delvoye joue parfaitement le jeu des frères jumeaux dérangés voire diaboliques. À noter la présence de l'actrice Marie-Christine Barrault dans le rôle d’Élisabeth Davout...


Si Deux Gouttes d'Eau manque de s'écrouler, ça n'est pas tant à cause de l'interprétation ni de l'une ni des autres, loin s'en faut, mais en raison du caractère parfois outrageusement ambigu des deux frères qui ne laissent alors plus tellement d'options quant à la vérité portant sur le meurtre barbare de la compagne de l'un d'entre eux. Comme l'évoque sans doute un peu trop tôt le personnage interprété par Michael Youn, soit l'un est coupable, soit l'autre, ou plus simplement les deux. Et c'est dans ces conditions que le téléfilm de Nicolas Cuche perd en intensité puisqu'en additionnant toutes les données du problème, le téléspectateur arrivera trop aisément et surtout trop rapidement aux bonnes conclusions. Reste que Deux Gouttes d'Eau offre une ambiance plutôt remarquable pour un simple téléfilm. Une caractérisation vite expédiée mais suffisante pour une œuvre ne dépassant pas les quatre-vingt dix minutes et surtout, une brillante interprétation. La mise en scène est certes quelque peu mollassonne et académique mais Nicolas Cuche parvient tout de même bizarrement à maintenir l'intérêt. On est quand même bien loin du génial Garde à Vue interprété par Lino Ventura et Michel Serrault et que Claude Miller réalisa en 1981...

 

vendredi 12 avril 2019

Quand sort la Recluse (Première Partie) de Josée Dayan (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆



Diffusée pour la première fois mercredi dernier, le 10 avril 2019, la première partie de l'adaptation télévisuelle éponyme du roman de l'écrivaine Fred Vargas Quand Sort la Recluse est la cinquième incartade de la réalisatrice et scénariste française Josée Dayan dans l'univers de l'archéozoologue, et donc la cinquième participation de l'acteur Jean-Hugues Anglade dans le rôle du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Ici, il est inutile d'espérer retrouver une enquête policière menée sur les chapeaux de roue. La réalisatrice, auteur notamment des adaptations télévisuelles du Comte de Monte-Cristo en 1998 ou des Misérables en 2000, signe une enquête policière faisant dans la sobriété, et dont l'un des intérêts principaux demeure dans le soin apporté aux décors de Philippe Lévêque. En ce qui concerne l'intrigue, Quand Sort la Recluse prend place au cœur d'une série de morts particulièrement étranges touchant des personnes âgées décédées après avoir été mordues par des araignées (ici, la fameuse Loxosceles reclusa, ou araignée violoniste, qui fut au centre de plusieurs cas de nécrose relégués par les médias il y a quelques années).

Autant Jean-Hugues Anglade peut se révéler d'un charisme extraordinaire (Killing Zoe de Roger Avary, 1993), autant son interprétation laisse ici perplexe. Peut-être faut-il alors se pencher sur le personnage de Jean-Baptiste Adamsberg pour comprendre et accepter le jeu hésitant de l'acteur. Considéré comme ''rêveur et désordonné […] et incapable d'analyser ou de soutenir consciemment un long raisonnement'' (Wikipedia), ce flic aux méthodes inhabituelles explique peut-être pourquoi Jean-Hugues Anglade a l'air de buter sur certaines phrases. Volontaire ou non, cette approche a tendance à constituer une raison suffisante pour que le spectateur estime que le jeu de l'acteur n'est pas à la hauteur de sa réputation et que Josée Dayan se soit contenté d'une seule prise alors que certaines séquences méritaient sans doute d'être retournées. Quelques détails semblent malheureusement corroborer ce dernier fait. Comme la séquence durant laquelle un second rôle interprétant un simple brigadier est pris à parti par le Lieutenant Violette Retancourt (excellente Corinne Masiero). L'acteur semble à son tour buter sur un mot, récitant alors son texte sur un mode fébrile. On pourra également évoquer le fait que Jean-Hugues Anglade, encore lui, récite plus qu'il n'interprète. C'est d'autant plus dommage que l'intrigue est réellement passionnante, son personnage allant notamment se renseigner auprès du Professeur Pujol (l'acteur Stéphan Wojtowicz), spécialiste des araignées, ou prenant contact avec une certaine Irène Royer-Ramier, interprétée par la méconnaissable Élisabeth Depardieu...

Nous sommes donc plus proches du Commissaire Maigret version Bruno Cremer que des Experts (Josée Dayan multiplie les séquences situées dans un restaurant au style désuet), ce qui, au fond, participe au charme qui se dégage d'une première partie soignée en terme de photographie (signée de Stefan Ivanov). En dehors d'un Jean-Hugues Anglade fort décevant, le spectateur aura le plaisir de découvrir autour du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, des personnages interprétés par les talentueux Jérôme Kircher, Sylvie Testud, Jacques Spiesser, et bien entendu Corinne Masiero et Elsabeth Depardieu déjà citées plus haut. Mais alors que l'interprétation oscille entre la justesse de ton des uns et la médiocrité que frôlent certains (heureusement, en très petite minorité), l'apparition de l'immense Pierre Arditi semble tout remettre en question. Son écrasante performance nous ferait presque regretter qu'il ne fut pas choisi pour interpréter lui-même le rôle du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Sa présence aux deux tiers de l'intrigue efface littéralement celles de Jean-Hugues Anglade et de Jérôme Kircher. A noter la partition musicale fort convaincante composée par le chanteur et interprète Benjamin Biolay... La seconde partie sera-t-elle davantage convaincante ? La réponse dans un peu moins d'une semaine...
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