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dimanche 18 septembre 2022

Le mystère Daval de Christophe Lamotte (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Voyeurisme et opportunisme à tout crin, tel est le type de critiques que risquent de se voir affublés celles et ceux qui commettent l'impensable en romançant sur petits et grands écrans d'authentiques faits divers. Pourtant, la littérature et certains autres médias tels que les reportages, documentaires et autres émissions télévisées ne s'en cachent pas eux-mêmes mais ne connaissent pas toujours de vives critiques de la part des familles, des proches ou même plus simplement du commun des mortels ! L'affaire Daval est parmi les dernières à avoir eu les ''honneurs'' d'une reconstitution télévisuelle aux détriments de la mère du meurtrier de sa propre épouse qui criait alors son refus de voir remuer à nouveau cette sordide histoire de meurtre et de mensonges. Cette affaire entourant le couple Alexia et Jonathann Daval ainsi que leurs familles respectives fut en un temps pas si reculé, le feuilleton supposé préféré du peuple français que l'on arrosait régulièrement d'informations concernant la disparition, la mort et l'enquête autour d'Alexia, une jeune et jolie femme appréciée des habitants de Gray-la-Ville en Haute-Saône. On le sait aujourd'hui, le responsable de sa mort ne fut autre que son propre époux Jonathann. Un jeune homme qui fut, à la découverte du corps d'Alexia, supporté et entouré par sa belle-famille ainsi que les habitants de Gray-la-Ville. Jusqu'à ce que l'on découvre qu'il n'avait fait que mentir durant des mois, cachant ainsi sa responsabilité dans le meurtre de son épouse. Depuis, des légions de documentaires ont pris vie. Même la plus célèbre des émissions criminelles françaises Faites entrer l'accusé a ''tardivement'' consacré l'un de ses numéros à l'affaire Daval. Bien avant que TF1 s'y mette à son tour, la chaîne BFMTV a mis à disposition des téléspectateurs la série documentaire Daval, la série sous forme de mini-série. Le téléfilm en deux parties de quarante-cinq minutes Le mystère Daval demeure quant à lui purement fictionnel même s'il s'inspire bien sûr d'une tragédie bien réelle. Ce ne sont donc pas les principaux ''acteurs'' de cette affaire criminelle française qui sont donc sur le devant de la scène mais leurs alter ego de fiction campés entre autre par Michèle Bernier qui incarne la mère de la victime, Isabelle Fouillot tandis que Jérôme Anger interprète son époux Jean-Pierre. Quant au personnage de Jonathann Daval, le réalisateur Christophe Lamotte (un habitué des drames et des thrillers) l'a confié à l'acteur Liam Baty...


Quelques liens de documentaires consacrés à l'affaire :

Affaire Daval, un pacte familial ?

Jonathann Daval, le mari aux deux visages

Faites entrer l'accusé : Jonathann Daval, la trahison du gendre idéal



Au-delà du fait que Le mystère Daval puisse paraître racoleur et qu'il puisse faire également bondir de colère certains acteurs de l'affaire (comme en témoigne la mère du meurtrier qui tenta de faire interdire la mise en chantier du projet de téléfilm), rien ne distingue vraiment l’œuvre de Christophe Lamotte de la grande majorité des fictions télévisées du même type. Comprendre, criminelles. Si d'autres se sont ''compromis'' dans ce type d'exercice avec bien plus de talent (Claude-Michel Rome avec Dans la tête du tueur consacré à Francis Heaulme et au policier Jean-François Abgrall ou Yves Rénier avec La traque sur l'affaire Michel Fourniret), Le mystère Daval n'est au final rien de moins, rien de plus que l'un de ces éternels téléfilms policiers sans surprises et multipliant les codes inhérents au genre. Tout juste nous ''amuserons-nous'' de redécouvrir des séquences emblématiques de l'affaire sous l'angle de la fiction. Comme celle lors de laquelle le tueur fut soutenu par ses beaux-parents lors de son intervention faisant suite à la marche blanche. À ce titre, louons malgré tout l'interprétation de Liam Baty qui dans le rôle de Jonathann Daval, le mime presque à la perfection, ajoutant à ses mimiques, un timbre de voix s'ajustant parfaitement à celui du meurtrier de son épouse. Comparé aux innombrables documents audios et vidéos, Le mystère Daval paraîtra bien innocent et même parfois étonnamment mièvre. De rares retours en arrière, des flash-back sur la relation du couple qui ne rendront ni l'un ni l'autre plus attachants qu'ils ne le furent au tout début du récit. Ce que l'on veut, ce que l'on aimerait tout du moins, c'est en apprendre davantage, découvrir les coulisses de cette affaire même si à cette occasion l'on doit passer par la case fantaisiste de la fiction. L'un des points noirs du récit se situe justement dans le choix du réalisateur et de ses scénaristes Pascal Fontanille et Emmanuelle Rey-Magnan de s'intéresser avant tout à l'enquête plutôt qu'aux protagonistes de l'affaire. Prenant leurs distances avec ces derniers, Christophe Lamotte empêche à toute forme d'empathie de s'installer. C'est donc dans une quasi-indifférence que l'on assiste aux quelques séquences qui rassemblent les parents de la victime avec leur beau-fils Jonathann Daval. Et ce, bien que l'angle parfois choisi de l'intimité aurait dû rendre le récit encore plus émouvant que n'avait pu l'être l'affaire dans les médias. Sans être mauvais, Le mystère Daval coche toutes les cases du téléfilm policier classique, sans surprises, morne et engourdi de détails sans intérêt. On conseillera donc à celles et ceux qui connaissent assez mal cette affaire de sauter sur les innombrables documentaires qui lui sont consacrés plutôt que sur ce téléfilm très moyen...

 

samedi 28 mars 2020

Jo de Benjamin Guillard (2019) - ★★★★★★☆☆☆



Jo n'est peut-être pas la comédie avec Louis de Funès que l'on cite en premier lorsque l'on évoque sa filmographie et pourtant, ce film signé de Jean Girault sorti sur les écrans français le 1er septembre 1971 fait partie de ses meilleures interprétations. Tout Louis de Funès y est : du caractère mielleux, hypocrite et poltron de ses personnages jusqu'aux quiproquos de certaines séquences survoltées, en passant par de savoureux duos, Louis de Funès évoluant ici en compagnie des immenses et drôlatiques Bernard Blier et Michel Galabru. Voir ce que l'on peut considérer comme l'un des meilleurs films de son auteur être adapté en pièce de théâtre n'est pas vraiment étonnant puisque le format du long-métrage se prête à merveille à cet exercice de style toutefois périlleux. D'abord parce que les comédiens n'y ont pas droit à l'erreur. Ensuite, parce qu'offrir le rôle de l'auteur Antoine Briscard tenu au cinéma par Louis de Funès à un autre interprète risque de provoquer l'inévitable comparaison entre les deux hommes. C'est donc à l'acteur, réalisateur, scénariste, humoriste et comédien Didier Bourdon qu'incombe la responsabilité de redonner vie au personnage principal de cette comédie à partir du 20 septembre 2019 sur les planche du Théâtre du Gymnase à Paris. Une lourde responsabilité, d'autant plus qu'en lieu et place de Bernard Blier, Claude Gensac, Michel Galabru ou Guy Tréjean, Didier Bourdon y donne la réplique à Audrey Fleurot, Jérôme Anger et surtout Dominique Pinon qui a la tâche de reprendre le rôle de l'inspecteur Ducros.

Un sujet proche de ce que vécu Louis de Funès en août 1968 lorsqu'il fut lui-même victime d'un maître-chanteur, ici, réadapté pour les besoins de la pièce. Et pourtant, le film fut lui-même l'adaptation d'une pièce de théâtre écrite par le dramaturge et scénariste australien Alex Coppel qui vient s'installer en Grande Bretagne en 1927. Durant la seconde guerre mondiale, il retourne dans son pays d'origine avant de repartir une nouvelle fois pour l'Angleterre à la fin du conflit. En 1958, il écrit la pièce The Gazebo qui rencontre à Broadway un immense succès. Pièce qui sera adaptée à deux reprises sur grand écran. Tout d'abord en 1959 avec le film de George Marshall Un Mort Récalcitrant, puis bien évidemment treize ans plus tard par le scénariste Claude Magnier et le réalisateur Jean Girault pour la version que les français connaissent bien, Jo. Pour les besoins de l'adaptation théâtrale française, le metteur en scène Benjamin Guillard change divers éléments de la pièce originale et de son adaptation par Jean Girault et Claude Magnier. Le personnage de la bonne incarné dans le film par l'actrice Christiane Muller disparaît au profit d'une belle-mère plutôt collante et la gloriette laisse la place à une immense et affreuse statue représentant une grenouille. Le metteur en scène ''modernise'' quelque peu le propos à travers quelques gadgets, tels les téléphones portables. Pour le reste, la pièce demeure relativement fidèle même si Louis de Funès apporta beaucoup de matière comique au film Jo qui disparaît sur les planche du Théâtre du Gymnase.

Si dans la pièce de Benjamin Guillard, les personnages secondaires de Madame Cramusel (excellente Florence Biot dans le film de Jean Girault) et du couple de britanniques Monsieur et Madame Grunder (Ferdy Mayne et Yvonne Clech) s'avèrent anecdotiques, on ne peut pas en dire autant du quatuor de têtes interprété par Didier Bourdon, Audrey Fleurot, Jérôme Anger et Dominique Pinon. Si les premiers pas dans l'univers d'Alex Coppel semblent pour eux compliqués (surtout si l'on a en tête l’œuvre de Jean Girault et l'incarnation de Louis de Funès et Bernard Blier), on oublie finalement assez rapidement le long-métrage et il n'est pas rare que l'on s'amuse des facéties de nos comédiens qui offrent une interprétation généreuse de leur personnage respectif. Cependant, quelques séquences s'avèrent bien moins drôles que dans Jo. On attendait notamment avec impatience la séquence de la sculpture. Mais réécrite et adaptée par Benjamin Guillard, elle oblige la talentueuse Audrey Fleurot à en faire des caisses. Ce qui n'empêche pas la comédienne de briller dans le rôle de l'épouse de l'auteur de pièces de théâtre et parvient à faire oublier l'interprétation de Claude Gensac. Didier Bourdon étant dans son élément, on ne peut lui reprocher une incarnation parfois outrée typique des représentations théâtrales. Dominique Pinon, qui ne connaissait ni le film, ni la pièce de théâtre originale navigue dans l'inconnu. Ce qui ne l'empêche pas d'interpréter un inspecteur Ducros savoureux. Pourtant, là encore, beaucoup de dialogues disparaissent, d'autres changent, sans doute pour le metteur en scène, une manière d'évacuer tout ce qui renvoie à une certaine époque, mais que le spectateur regrettera sans doute de ne pas retrouver dans la pièce. Toujours est-il que Jo, sur scène, est une excellente surprise. Divertissante, drôle et généreuse... de quoi passer une heure et trente minutes de bonheur en compagnie d'excellents comédiens...
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