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lundi 16 mars 2020

Le Grand Bluff de Patrick Sébastien (1992)



Patrick Sébastien fut comme un frère, comme un second père, ou du moins, un ami avec lequel on a grandit dans les années 80/90. Pas toujours en odeur de sainteté avec les médias, parfois moqué (son unique long-métrage T'aime en tant que réalisateur s'est littéralement fait ''allumer'' par la presse spécialisée) mais généralement adoubé par ses fans quoi qu'il entreprenne, celui qui débuta comme imitateur fut notamment l'animateur et le créateurs de nombreuses émissions de télévision devenues cultes. Au hasard, Carnaval, Sébastien, c'est fou ! mais également Le Grand Bluff . Justement celle que nous allons évoquer dans cet article. Diffusée pour la première fois le 26 décembre 1992 sur TF1, l'unique numéro de cette nouvelle émission (et l'on comprendra pourquoi) rencontre ce soir là un succès phénoménal en attirant plus de dix-sept millions de français devant leur écran de télévision. Un concept pourtant simple et pas franchement novateur puisque reprenant le principe de la caméra cachée ou, caméra invisible, la première émission de télévision posant les bases du concept en France s'intitulant justement La Caméra Invisible, créée en 1964 par Jacques Rouland et Pierre Bellemare et animée par Jacques Legras. L'un des atouts majeurs du Grand Bluff de Patrick Sébastien réside dans le choix de piéger les animateurs de la première chaîne nationale, ceux avec lesquels les spectateurs partageaient leurs journées comme leurs soirées.

C'est ainsi que l'on retrouve dans le rôle des ''victimes'' d'un Patrick Sébastien grimé en fan lourdingue ou en candidat, les animateurs Patrick Roy, Christian Morin, Philippe Risoli, Jean-Pierre Foucault, Michel Drucker, mais également Évelyne Leclercq, Fabienne Égal et Simone Garnier, toutes les trois animatrices de l'émission culte Tournez Manège, ou encore Sim, Philippe Castelli et Claude Sarraute qui eux, animaient à l'époque autour de Philippe Bouvard, l'émission Les Grosses Têtes. Patrick Sébastien traîne ainsi son look parfois inquiétant sur les plateaux de télé, provoquant diverses réactions de la part des animateurs piégés. L'occasion de découvrir des hommes bienveillants et faisant face au comportement de leur étrange ''invité'' avec sourire et courtoisie. Patrick Roy, Philippe Risoli et Jean-Pierre Foucault ainsi que les animatrices de Tournez Manège seront parmi ceux qui géreront au mieux la situation. On découvre par contre un Christian Morin courageux, face à un candidat vulgaire et relativement agressif s'en prenant à la pauvre Annie Pujol chargée à l'époque, de retourner les lettres du mur de l'émission La Roue de la Fortune. Ce qui ne sera pas le cas du pauvre humoriste Pierre Palmade qui, invité sur le plateau de Sacrée Soirée, émission animée par Jean-Pierre Foucault, vivra une expérience traumatisante.

Si d'une manière générale, les caméras se déroulent dans la bonne humeur, on frôle cependant le malaise lorsque l'humoriste blêmit à vue d’œil face à un Patrick Sébastien harcelant le pauvre Pierre, contraint d'être acculé dans un coin du décor de l'émission Sacrée Soirée. Mais le pari le plus fou, sans doute de l'émission, fut pour Patrick Sébastien de parvenir à piéger sa propre mère en se déguisant en gendarme lors d'un contrôle routier. L'émission est ponctuée de micro-trottoirs durant lesquels Patrick Sébastien, cette fois-ci déguisé en journaliste, demande à des passants ce qu'ils pensent des divers animateurs de la chaîne. L'occasion de découvrir une séquence touchante lors de laquelle l'animateur partage une gorgée de vin avec des SDF... Le Grand Bluff fait partie de ces émissions cultes de la télévision française qui mériteraient de repasser régulièrement puisqu'à part une rediffusion un an après (le 25 décembre 1993) et sur la seconde chaîne pour fêter les dix ans de France2, l'émission de Patrick Sébastien ne semble pas avoir été rediffusée depuis...

jeudi 19 septembre 2019

Quand la fiction inspire les criminels : Nadège Gallet et Jean-Stéphane Saizelet - Columbo ''Exercice Fatal''




Comme il m'arrive de l'évoquer fréquemment sur ''Cinémart'' et un peu plus rarement ici, sur ce blog consacré à la télévision, les tueurs en tous genres inspirent régulièrement le cinéma et le petit écran. Mais il arrive parfois que l'inverse se produise et que la fiction soit à l'origine de faits divers criminels. On peut tout de même s'étonner d'y voir des tueurs en herbe s'inspirer de fictions telles que Columbo, sachant que le célèbre lieutenant à l'imperméable froissé a toujours réussi à clore une affaire en envoyant l'auteur du meurtre derrière les barreaux. Pourtant, c'est bien après avoir assisté à la projection de l'épisode Exercice Fatal que le couple Jean-Stéphane Saizelet et Nadège Gallet, connu sous le nom des Amants de Sarcelles ou Amants Diaboliques a mis au point le meurtre d'un imprimeur âgé de quarante-deux ans et compagnon de Nadège Gallet, Jean-Bernard Wiktorska. Mais alors que le corps s'apprêtait à être incinéré, un appel téléphonique anonyme allait relancer l'affaire, et après autopsie, le médecin légiste nota des blessures n'ayant aucun rapport logique avec la façon dont la victime était supposée être décédée (la trachée écrasée par une haltère de cinquante kilos en travers de la gorge), ainsi que la présence dans l'organisme de Jean-Bernard Wiktorska, de Rohypnol, un puissant somnifère. Mais alors, quel rapport entre ce meurtre et l'épisode de Columbo dont l'enquêtrice de la DRPJ de Versailles, fan de Columbo, nota une troublante similitude ?

L'Haltère, justement, que le tueur-vedette de cet excellent épisode ouvrant la quatrième saison de Columbo diffusé pour la première fois en France le juin ''expose'' comme l'un des éléments d'un crime si bien réfléchi qu'il aurait tout du meurtre parfait si le lieutenant Columbo n'avait pas eu la responsabilité de le résoudre. Face à un Peter Falk toujours aussi collant et savoureux, l'acteur Robert Conrad dans le rôle de Milo Janus, un homme d'affaire à qui tout réussi mais qui détourne de l'argent pour son compte personnel. Lorsque l'un de ses franchisés, Gene Staford constate l'escroquerie, il prévient Milo Janus qu'il a l'intention d'en faire part aux différents actionnaires. Ne pouvant le laisser agir, Milo Janus met au point un meurtre en tous points remarquable et qui devrait normalement définitivement le mettre à l'abri des menaces de Gene Staford et surtout, lui assurer le parfait alibi...

''Vous avez voulu créer le parfait alibi, et c'est votre parfait alibi qui vous a trahi...''
(Columbo à Milo Janus)

Mais face à Columbo, on le saura à travers les soixante-neuf épisodes que constitue la série, jamais aucun meurtrier ne lui a échappé. Et surtout pas l'arrogant Milo Janus. Ce quinquagénaire sportif relativement méprisant, escroc d'envergure (il a en effet détourné d'importantes sommes d'argent) et apprécié par sa jolie secrétaire Jessica Conroy (interprétée par l'actrice Gretchen Corbett qui débutera notamment sa carrière sur le petit écran avec la s&rie N.Y.P.D en 1968) face auquel le scénario de Peter S. Fischer impose un lieutenant égal à lui-même, plongé une fois encore dans un contexte social qui dénote absolument avec l'image que renvoie le personnage du flic pas très malin qu'il arbore afin de tromper le suspect.

Si tout au long des dix-huit saisons réparties entre 1967 et 2003, la résolution des crimes fut généralement exploitée de façon remarquable par des scénaristes possédant une très fertile imagination, celle de cet Exercice Fatal peut-être considérée comme l'une des plus formidables. Réalisé par le cinéaste Bernard L. Kowalski, cet épisode met le lieutenant face à un meurtre complexe à résoudre puisque tout laisse supposer que l'assassin a mis au point un alibi si parfait, que rien ne semble pouvoir le défaire. Mais comme le hasard fait parfois bien les choses au moment même où notre flic préféré est dans l'impasse, un détail va tout changer. Un détail, oui, mais aussi quelques menus défauts dans la conception du meurtre qui ne pourront échapper à cet invétéré fumeur de cigares. Exerice Fatal est un épisode passionnant, la résolution du meurtre y est l'une des plus jouissives de la série et Robert Conrad (le fameux Pappy Boyington de la série Les Têtes brûlées) s'y révèle parfois absolument infecte. Et comme le dit très justement l'inspecteur après avoir démontré la culpabilité de Milo Janus dans le meurtre de Gene Staford, c'est son parfait alibi qui fini par le trahir...

mercredi 14 août 2019

Another Life d'Aaron Martin (2019) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



''Vas te faire foutre'', ''Pétasse'', ''bordel'', ''putain d'alarme'', et j'en passe... voilà le genre d'expressions que l'on ne s'attend pas à découvrir parmi les membres d'un équipage de vaisseau spatial dont la mission est des plus délicate : entrer en contact avec une civilisation extraterrestre depuis qu'un immense vaisseau a atterri sur la surface de notre planète. Un voyage interstellaire promettant autant de tensions qu'un certain Alien avec, de surcroît, une caractérisation de ses personnages poussée dans ses derniers retranchements. Des coursives inquiétantes, une menace imminente, voilà ce que promettait le teaser. Du moins celui que proposait Netflix en préambule. Sauf que le réalisateur Aaron Martin, notamment scénariste de divers épisodes de tout un tas de séries canadiennes (au hasard, Degrassi : La Nouvelle Génération entre 2002 et 2007 ou plus récemment, Slasher dont la troisième saison est diffusée cette année) n'ayant pas le talent de Ridley Scott ni de beaucoup d'autres réalisateurs d’œuvres de science-fiction, Another Life tombe littéralement à plat.

Ambiance spatiale de jeu vidéo, caractérisation des personnages au ras des pâquerettes, rythme du récit léthargique, personnages tantôt amorphes, tantôt ''surexcités'', cette série produite et diffusée en 2019 sur la plate-forme Netflix est absolument indigeste. Piochant à pleines mains dans un certain nombre de références, l’inutilité de Another Life saute aux yeux et aux oreilles à chaque entournure. L'un des soucis majeurs est le peu de cas que fera le spectateur de chacun des personnages tant le réalisateur semble avoir oublié de lui offrir une personnalité suffisamment profonde pour le rendre attachant. Non seulement, on se fiche du sort de chacun, mais leur façon systématiquement trop abrupte de communiquer avec leur prochain confine à la bétise et rend l'expérience bougrement inconfortable.

Sujet au demeurant fort intéressant, Another Life profite de cette mode permettant de scinder l’intrigue en deux parties. Entre les séquences tournées à bord d'un vaisseau esthétiquement convainquant mais au ''charme'' relativement inquiétant (pas le genre de monument qui laisse une même impression positive qu'un Star Trek : la Nouvelle Génération pour ne citer que cet exemple) et des passages situés sur Terre, le passage de l'un à l'autre rompt sans cesse le rythme du récit. Concernant les personnages, si le pluralisme racial est une donnée logique et désormais approuvée depuis des décennies, on frise ici le ridicule à travers ce personnage androgyne poussé à l'extrême à travers ses tenues et son maquillage qui en font davantage un transsexuel qu'un individu aux traits purement féminins. Au fond, pourquoi pas ? On se demande alors dans quelles proportions la psychologie de ces astronautes a été prise en compte au moment de leur sélection. Bien entendu, on notera également que la totalité des interprètes (si je ne me trompe pas) ont moins de quarante ans, ce qui à vrai dire, en ces temps où le jeunisme est la norme, n'étonnera plus grand monde à part les plus vieux d'entre nous.

Mais je parle là de détails qui n'auront d'importance que pour certains tandis que les autres, que j'imagine être les plus jeunes des téléspectateurs, y demeureront sans doute indifférents. Au delà de ces insupportables gimmicks qui ne sont jamais contrebalancés par de quelconques qualités visuelles (les effets-spéciaux n'ont rien de remarquable), scénaristiques (l'écriture est d'une pauvreté souvent... déprimante!) ou du point de vue de l'interprétation (là encore, rien de génial si l'on tient compte du fait que les acteurs sont en roue libre), Another Life déçoit surtout par son manque total d'ambition. Un véritable naufrage intergalactique, manquant de finesse, et donc parfois trop bourrin dans son approche. kitsch avant son heure...
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