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jeudi 19 septembre 2019

Quand la fiction inspire les criminels : Nadège Gallet et Jean-Stéphane Saizelet - Columbo ''Exercice Fatal''




Comme il m'arrive de l'évoquer fréquemment sur ''Cinémart'' et un peu plus rarement ici, sur ce blog consacré à la télévision, les tueurs en tous genres inspirent régulièrement le cinéma et le petit écran. Mais il arrive parfois que l'inverse se produise et que la fiction soit à l'origine de faits divers criminels. On peut tout de même s'étonner d'y voir des tueurs en herbe s'inspirer de fictions telles que Columbo, sachant que le célèbre lieutenant à l'imperméable froissé a toujours réussi à clore une affaire en envoyant l'auteur du meurtre derrière les barreaux. Pourtant, c'est bien après avoir assisté à la projection de l'épisode Exercice Fatal que le couple Jean-Stéphane Saizelet et Nadège Gallet, connu sous le nom des Amants de Sarcelles ou Amants Diaboliques a mis au point le meurtre d'un imprimeur âgé de quarante-deux ans et compagnon de Nadège Gallet, Jean-Bernard Wiktorska. Mais alors que le corps s'apprêtait à être incinéré, un appel téléphonique anonyme allait relancer l'affaire, et après autopsie, le médecin légiste nota des blessures n'ayant aucun rapport logique avec la façon dont la victime était supposée être décédée (la trachée écrasée par une haltère de cinquante kilos en travers de la gorge), ainsi que la présence dans l'organisme de Jean-Bernard Wiktorska, de Rohypnol, un puissant somnifère. Mais alors, quel rapport entre ce meurtre et l'épisode de Columbo dont l'enquêtrice de la DRPJ de Versailles, fan de Columbo, nota une troublante similitude ?

L'Haltère, justement, que le tueur-vedette de cet excellent épisode ouvrant la quatrième saison de Columbo diffusé pour la première fois en France le juin ''expose'' comme l'un des éléments d'un crime si bien réfléchi qu'il aurait tout du meurtre parfait si le lieutenant Columbo n'avait pas eu la responsabilité de le résoudre. Face à un Peter Falk toujours aussi collant et savoureux, l'acteur Robert Conrad dans le rôle de Milo Janus, un homme d'affaire à qui tout réussi mais qui détourne de l'argent pour son compte personnel. Lorsque l'un de ses franchisés, Gene Staford constate l'escroquerie, il prévient Milo Janus qu'il a l'intention d'en faire part aux différents actionnaires. Ne pouvant le laisser agir, Milo Janus met au point un meurtre en tous points remarquable et qui devrait normalement définitivement le mettre à l'abri des menaces de Gene Staford et surtout, lui assurer le parfait alibi...

''Vous avez voulu créer le parfait alibi, et c'est votre parfait alibi qui vous a trahi...''
(Columbo à Milo Janus)

Mais face à Columbo, on le saura à travers les soixante-neuf épisodes que constitue la série, jamais aucun meurtrier ne lui a échappé. Et surtout pas l'arrogant Milo Janus. Ce quinquagénaire sportif relativement méprisant, escroc d'envergure (il a en effet détourné d'importantes sommes d'argent) et apprécié par sa jolie secrétaire Jessica Conroy (interprétée par l'actrice Gretchen Corbett qui débutera notamment sa carrière sur le petit écran avec la s&rie N.Y.P.D en 1968) face auquel le scénario de Peter S. Fischer impose un lieutenant égal à lui-même, plongé une fois encore dans un contexte social qui dénote absolument avec l'image que renvoie le personnage du flic pas très malin qu'il arbore afin de tromper le suspect.

Si tout au long des dix-huit saisons réparties entre 1967 et 2003, la résolution des crimes fut généralement exploitée de façon remarquable par des scénaristes possédant une très fertile imagination, celle de cet Exercice Fatal peut-être considérée comme l'une des plus formidables. Réalisé par le cinéaste Bernard L. Kowalski, cet épisode met le lieutenant face à un meurtre complexe à résoudre puisque tout laisse supposer que l'assassin a mis au point un alibi si parfait, que rien ne semble pouvoir le défaire. Mais comme le hasard fait parfois bien les choses au moment même où notre flic préféré est dans l'impasse, un détail va tout changer. Un détail, oui, mais aussi quelques menus défauts dans la conception du meurtre qui ne pourront échapper à cet invétéré fumeur de cigares. Exerice Fatal est un épisode passionnant, la résolution du meurtre y est l'une des plus jouissives de la série et Robert Conrad (le fameux Pappy Boyington de la série Les Têtes brûlées) s'y révèle parfois absolument infecte. Et comme le dit très justement l'inspecteur après avoir démontré la culpabilité de Milo Janus dans le meurtre de Gene Staford, c'est son parfait alibi qui fini par le trahir...

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