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jeudi 25 février 2021

Je Voulais juste Rentrer chez Moi d'Yves Rénier (2017) - ★★★★★★★★☆☆

 



Pour ses parents, la première date importante pour leur fils Patrick fut sans doute celle de sa naissance, le 30 juin 1970 à Longeville-lès-Metz. Quant aux français qui jusqu'à ce jour là ne connaissaient pas encore ce garçon qui allait connaître un sort peu enviable dès l'âge de seize ans, ils allaient faire sa connaissance quelques seize ans plus tard. En effet, Patrick Dils est arrêté le 30 avril 1987 et inculpé de meurtre. Un double homicide, celui de deux jeunes enfants dont les corps furent découverts quelques centaines de mètres tout au plus de la demeure des Dils. Le 27 janvier 1989, il est reconnu coupable et condamné à la prison à perpétuité. Mais si l'horreur des faits a été particulièrement retenue par les médias et le public, l'affaire Dils est surtout connue pour avoir été l'une des plus grandes erreurs judiciaire de l'histoire de la justice française. Reconnu innocent après avoir passé près de quinze ans en prison, Patrick Dils est enfin libéré le 24 avril 2002...

L'acteur-réalisateur Yves Rénier, cet ancien flic de fiction connu pour avoir incarné le Commissaire Moulin dans la série télévisée éponyme durant de nombreuses années, réalise en 2017, le téléfilm Je Voulais juste Rentrer chez Moi. Reposant sur le livre homonyme de Patrick Dils, le scénario de Jean-Luc s'attache à faire vivre aux téléspectateurs (le téléfilm est en effet diffusé pour la première fois en France sur France 2 le 24 juillet 2018 après être apparu en Belgique (sur La Une) et en Suisse Romande (sur RTS Un)) le calvaire vécu par le jeune Patrick qui jusque là ne se passionnait que pour ses maquettes et sa collection de timbres. Si le récit s'articule autour d'une affaire qui dura plus de quinze années, on peut se demander dans quelles mesures évoquer les faits dans un téléfilm n'excédant que de très peu les quatre-vingt dix minutes rendra grâce à cette histoire absolument terrifiante. Quinze ans de taule... pour rien ! Devenu involontairement célèbre, accusé d'un double meurtre atroce (les jeunes victimes furent tuées à coups de pierres), mais libéré au bout de quinze ans après avoir vécu les pires sévices en prison, il fallait bien un téléfilm de cette ampleur pour rendre hommage à celui qui deviendra un homme cultivé, ''star'' ponctuelle des plateaux télévisés...


Une heure trente donc. C'est peu, et pourtant Je Voulais juste Rentrer chez Moi tient du miracle. En aussi peu de temps, Yves Rénier signe une œuvre absolument bouleversante qui vu ses qualités, aurait sans doute même mérité une sortie nationale malgré son esthétique de téléfilm. L'acteur-réalisateur (qui campe ici le rôle de Marco Essartier, le détenu qui prendra soin du jeune Patrick lors de son incarcération) trouve le ton juste, son œuvre étant accompagnée d'une partition au piano signée Nicolas Bikialo. À ce sujet, il serait d'ailleurs amusant de noter que le compositeur faisait partie de la troupe d'acteurs de la série française Hélène et les Garçons, réputés alors pour être tout sauf des musiciens ! Si Je Voulais juste Rentrer chez Moi est si poignant, c'est peut-être également grâce à l'interprétation du jeune Thomas Mustin qui incarne très justement le personnage de Patrick Dils mais peut-être encore davantage à Mathilde Seigner qui trouve sans doute là, l'un des rôles de sa vie. Inutile de préciser que certaines séquences sont terriblement déchirantes quand d'autres relatent les sévices dont fut victime le jeune Patrick. Pourtant, Yves Rénier s'attache moins à montrer les horreurs dont l'adolescent fut victime que le combat de sa mère, incroyable Jacqueline Dils. Cependant, la courte durée du téléfilm le handicape forcément lorsqu'ils s'agit de développer à peu près tous les compartiments liés à ce fait divers incroyable. Et c'est sans doute pour cela que Je Voulais juste Rentrer chez Moi tient justement du miracle. Il y avait tant à dire, tant à raconter, et pourtant, même si certains aspects s'effacent au profit d'autres sujets, le téléfilm d'Yves Rénier est réellement brillant...


lundi 22 février 2021

Scène de crime : La disparue du Cecil Hotel (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 



Tous ceux qui ont découvert sur Netflix le documentaire Don’t Fuck with Cats : un tueur trop viral qui basait son récit sur l'affaire du Dépeceur de Montréal Luka Rocco Magnotta s'en souviennent. D'abord en raison des atrocités commises par ce jeune homme qui à l'âge de trente ans tua dans des conditions abominables l'étudiant anglais Jun Lin. Ensuite parce qu'une communauté importante d'internautes voués à la cause animale et en l'occurrence celle des chats, traquèrent l'homme en question (qui avant de commettre cet homicide tortura et tua de jeunes chatons qu'il mis en scène dans des vidéos diffusées ensuite sur le Net) jusqu'à son arrestation. Un documentaire saisissant, effroyable et passionnant auquel ressemble parfois celui consacré à l'étrange disparition d'Elisa Lam. Une canadienne de 21 ans, étudiante à l’université de la Colombie-Britannique située à Vancouver, et qui disparaîtra le 31 janvier 2013 sans donner de nouvelles d'elle alors qu'elle devait quitter ce jour là le Cecil Hotel, un lieu particulièrement sordide, site de nombreux faits divers, et dont l'une des caméras de surveillance installée dans l'un des ascenseurs de l’hôtel semble avoir laissé le témoignage glaçant d'une Elisa Lam terrorisée. Les dernières images d'une jeune femme que personne ne reverra vivante...


Scène de crime : La disparue du Cecil Hotel base donc son récit sur cette curieuse affaire qui démarre dès la diffusion de cette vidéo de quelques minutes qui deviendra rapidement virale une fois uploadée sur Internet. Une communauté de cyber-enquêteurs se forme autour de la disparition inquiétante de la jeune femme parallèlement aux investigations menées par la police. Cette affaire de disparition apparaît pour le moins étonnante. Il y a d'abord cette vidéo étrange qui semble montrer une Elisa Lam paniquée, semblant chercher à fuir un individu invisible. La jeune femme semble elle-même se comporter de manière étrange, comme si elle était sous l'emprise d'un psychotrope. Et puis, selon l'analyse de certains cyber-enquêteurs, il s'avère que des détails ne collent pas, eux qui veulent absolument découvrir ce qui a pu arriver à la jeune femme. Si Don’t Fuck with Cats : un tueur trop viral se concentrait surtout sur l'enquête menée par des internautes, Scène de crime : La disparue du Cecil Hotel parvient avec bonheur à s'intéresser autant à celle de ces cyber-enquêteurs en herbe qu'à celle des professionnels de la police...


Au cœur de Scène de crime : La disparue du Cecil Hotel et au delà de l'étrangeté de la vidéo montrant Elisa Lam tentant d'échapper à un poursuivant, le documentaire décrit tout un réseau de faits curieux qui alimentèrent la légende qui entoure la disparition de la jeune femme. En effet, pourquoi certaines images de la vidéosurveillance semblent-elles avoir disparues ? Pourquoi l'heure affichée sur la dite vidéo a-t-elle été floutée ? À qui appartient ce qui semble être un pied que l'on aperçoit à gauche de la porte de l'ascenseur ? Et puis, il y a toutes ces questions que vont se poser ensuite les cyber-enquêteurs. Des questions auxquelles tenteront de répondre les inspecteurs chargés de l'enquête. Une enquête qui semblera de plus en plus opaque et et qui arborera une aura presque surnaturelle lors-qu’interviendra notamment un chanteur et musicien de black metal, et plus encore le récit d'un film d'épouvante culte au scénario étrangement similaire pourtant sorti sur les écrans de cinéma huit ans auparavant. Sans doute pas aussi passionnant que Don’t Fuck with Cats : un tueur trop viral, Scène de crime : La disparue du Cecil Hotel demeure cependant un excellent documentaire qui prouve une fois de plus que Netflix maîtrise parfaitement ce genre de divertissement...


dimanche 21 février 2021

Mon Amie Adèle de Steve Lightfoot (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 



Rêves lucides et voyages astraux sont des concepts ésotériques que certains ont acquis depuis longtemps dans leur mode de pensée, d'expression et de vie. Une attitude que l'on rapprochera de la réincarnation et qui par conséquent, et pour une seconde partie des spectateurs relativement cartésiens, se situe plus probablement dans un contexte fantastique que dans d'éventuelles acquisitions de certaines sciences cognitives. Si tel ne semble pas être tout d'abord le sujet de cette étonnante série qu'est Mon Amie Adèle que propose actuellement la plate-forme Netflix, rêves lucides et voyages astraux vont cependant avoir un impact très important sur la somme d'événements qui vont se dérouler durant les six épisodes que dure cette mini-série britannique. Créé par Steve Lightfoot (Hannibal, Narcos, The Punisher), Mon Amie Adèle met en scène un carré de personnages au centre d'une intrigue au suspens diabolique. Traduit du titre anglais Behind Her Eyes lui-même adapté du roman éponyme de l'écrivain britannique Sarah Pinborough spécialisée dans l'horreur et la fantasy, la mini-série y prend un sens bien différent lorsque dans sa version originale, le titre reflète tout ou partie du caractère ambigu de l'une des héroïne qui donne son nom à sa traduction française...


L'Adèle en question, qui derrière son joli minois, sa douceur, son sourire et son amour pour celui qu'elle aime et qu'elle a choisi comme époux voilà dix ans, est peut-être une manipulatrice digne des plus grandes harceleuses du septième art. Une jeune femme que l'on rangera sans doute tout d'abord aux côtés d'Alexandra Forrest de Liaison Fatale (Adrian Lyne, 1987) ou d'Evelyn Draper de Un Frisson dans la Nuit (Clint Eastwood, 1971) avant de nous rendre compte que la personnalité de cette jeune femme est beaucoup plus complexe à aborder que celle de ses folles aînées. Si l'année dernière Netflix nous offrit le joyau Le Jeu de la Dame (Scott Frank et Allan Scott), en 2021, il faudra compter en 2021 avec Simona Brown, Tom Bateman, Robert Aramayo, mais plus encore Eve Hewson qui incarne Adèle. Cette jeune femme aussi troublante qu'inquiétante. Une personnalité complexe et ambiguë, dotée de ''pouvoirs cognitifs'' relativement spectaculaires qui pourront autant séduire une partie des téléspectateurs ouverts à la question des rêves lucides et des voyages astraux que ''plomber le moral'' de certains au point de les convaincre que Mon Amie Adèle n'est peut-être plus déjà LA série de l'année...


Pour bien comprendre les enjeux de cette mini-série, il faut se plonger dans le contexte. Voguant entre passé et présent, Mon Amie Adèle se situe à Londres, dans un quartier où, comme le dira Adèle, tout le monde se connaît. Installée depuis peu avec son époux David qu'incarne un Tom Bateman tout aussi déstabilisant qu'elle peut l'être, la jeune femme fait par accident la connaissance de Louise, secrétaire médicale qui travaille dans un cabinet de psychiatres. Ce que la jeune épouse ne sait pas, c'est que Louise et David se sont rencontrés dans une boite de nuit, ont échangé quelques paroles et bu ensemble avant de s'embrasser à la sortie de la boite. Un accident qu'ils voudraient tous les deux oublier. Surtout lorsque les jours suivants, ils apprennent tous les deux qu'ils vont devoir travailler ensemble. En effet, si Louise est secrétaire, c'est désormais pour le compte de David qui avec Adèle vient juste de s'installer à Londres. Un déménagement précipité qui participe à l'étrange affaire qui intéressera nos trois personnages ainsi que Rob, quatrième ''héros'' d'un récit parcouru d'authentiques instants de frissons. Rob, ce jeune drogué qui parcours le récit lors des phases de flash-back. Sans doute le personnage le plus touchant et qui aux côtés de Louise personnifie l'exact contraire du caractère que compose le couple David-Adèle...


L'une des grandes forces de Mon Amie Adèle est cette contrainte perpétuelle qui confronte le téléspectateurs aux questions qu'il se pose. Sans jamais nous livrer les clés définitives d'une intrigue où se mêlent jalousie maladive, persécution, amour, sexe, thriller et... fantastique, la mini-série distille au compte-goutte un scénario aussi diabolique que dérangeant. Eve Hewson est époustouflante dans le rôle d'Adèle. Robert Aramayo est touchant dans celui de Rob. Tom Bateman, par l'entremise de celle qui épousa son personnage, s'avère plus ambigu que de mesure. Quant à Simona Brown, elle porte littéralement le personnage de Louise vers les cimes d'une émancipation dont elle avait certainement besoin pour se détacher de ce couple qui apparaîtra tout d'abord comme pervers. Le fond du problème de Mon Amie Adèle se situe dans l'apparente clarté du récit. Cependant, il ne faut, comme le consacre l'expression, surtout pas se fier aux apparences. Si tout semble avoir été écrit à l'avance, il faudra pourtant patienter jusqu'au dernier instant pour comprendre les véritables enjeux de ce qui s'apparente parfois à une véritable torture émotionnelle pour le spectateur. Mais Mon Amie Adèle est loin d'être parfait. Toujours cette approche ''fantastique'' des événements qui ''pollue'' certainement un récit qui se retrouve piégé dans sa dernière phase (ridicule?) lors de laquelle on découvre enfin toute la vérité. Mais ne boudons pas notre plaisir. En effet, la mini-série de Steve Lightfoot est une franche réussite qui se regarde d'un trait, superbement interprété et sans temps-morts...


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