Oser adapter au théâtre
le tout premier téléfilm mettant en scène le célèbre lieutenant
Columbo diffusé pour la toute première fois sur la chaîne de
télévision américaine NBC le 20 févvrier 1968 peut paraître
particulièrement gonflé. Et ce, même si ça n'est qu'un juste
retour aux choses puisqu'avant de servir d'épisode pilote,
Prescription: Murder était
lui-même à l'origine une pièce de théâtre. Ce qui peut paraître
un peu plus délicat à accepter est le fait que cinquante ans plus
tard, c'est sur les planches du
Théâtre Michel
de Paris que ressurgisse l'inspecteur à l'imperméable fripé.
Depuis la disparition de Peter Falk il y a presque huit ans, on
imaginait mal un autre acteur prendre la relève même si depuis un
certains temps des bruits de couloirs laissent entendre le retour du
célèbre lieutenant au cinéma sous les traits de Mark Ruffalo. Mais
alors que le projet prend des allures d’arlésienne à force de se
faire attendre de l'autre côté de l'Atlantique, c'est donc en
France que Columbo est réapparu en reprenant tout ou partie (en
ajoutant même plusieurs séquences inédites du téléfilm de 198)
de l'intrigue originelle.
Pour
n'avoir jamais eu le plaisir de découvrir la pièce produite en 1962
par Richard Levinson et William Link intitulée "Prescription:
Murder" (le
Lieutenant Columbo, y étant interprété par le comédien Bert
Freed), il est difficile de préciser si la pièce
jouée en 2017 est en tout points identique à celle interprétée au
début des années soixante. Quelques éléments donnent cependant
une idée assez précise en terme d'acting puisque le personnage de
la victime, Claire Flemming, l'épouse et victime du psychiatre
assassin, était interprétée par l'actrice Agnes Moorehead en 1962,
tandis qu'elle n'est que simplement évoquée dans la version adaptée
chez nous par Didier Caron. Pour le reste, le spectateur français ne
pourra comparer la pièce également mise en scène par Didier Dacon
lui-même que par rapport au téléfilm réalisé par Richard Irving
en 1967. Pour commencer, Didier Caron opte pour l'utilisation des
musiques originales composées à l'époque par un certain Dave
Grusin, auteur d'un nombre important de bandes originales de films
pour le cinéma et la télévision. Ensuite, cette version 2017
implique un personnage secondaire plutôt effacé dans le téléfilm
et interprété sur scène par le comédien Augustin de Monts.
La
victime n'étant évoquée qu'à travers la préparation de son
meurtre par son époux, le psychiatre Roy Flemming (Pierre Azéma),
et la maîtresse de ce dernier (Karine Belly) et lors des différentes
phases de l'enquête à venir, la pièce de Didier Caron tourne donc
autour de quatre personnage parmi lesquels, le très attendu (au
tournant) Martin Lamotte dont la responsabilité est ici, de taille.
Est-il vraiment nécessaire de préciser que la comparaison entre
Peter Falk et l'acteur et comédien français issu du café-théâtre
est inutile ? Non, bien entendu. L'acteur américain étant
irremplaçable, Martin Lamotte fait au mieux pour se fondre dans le
personnage (même si le cigare qu'il porte presque toujours éteint jusqu'à
ses lèvres fait avant tout office de gadget).On pousse un souffle de
soulagement. En effet, même si l'ombre de Peter Falk plane au dessus
de la tête de Martin Lamotte comme une épée de Damoclès, l'acteur
français s'en sort avec les honneurs. Ce qui n'est malheureusement
pas toujours le cas de Pierre Azéma qui bute sur certaines phrases
et surtout, exprime avec toutes les difficultés du monde le
tempérament d'un personnage autrement plus convaincant lorsqu'il
était incarné par l'acteur américain Gene Barry sur le petit
écran. Le public français pourra noter que par rapport au téléfilm,
Didier Caron a tenté d'apporter un surcroit d'humour à travers
quelques phrases pas toujours très amusantes. Quant à la résolution
de l'énigme, la pièce ne s'arrête pas là où le téléfilm se
concluait : en effet, après que les spectateurs aient découvert
le subterfuge mis en place par le lieutenant Columbo avec l'aide de
la maîtresse du psychiatre, le récit continue afin d'ajouter des
éléments d'explication concluant définitivement à la
responsabilité du tueur dans le meurtre de son épouse. Au final,
même si la pièce de théâtre Columbo - Meurtre sous
Prescription n'atteint pas
le niveau de qualité du téléfilm de 1967, on se prend déjà à
rêver de retrouver Martin Lamotte et d'autres ''assassins''
en puissance dans de
nouvelles adaptations théatrales reprenant les meilleurs intrigues
télévisuelles auxquelles le lieutenant fut confronté, et même,
pourquoi pas, de nouvelles histoires inédites... ?
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